Depuis janvier dernier, trois écrivants d’A Mots croisés, Carmen, Laurent et Annie, suivent, à la Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry, un cycle d’ateliers « N’espérez pas vous débarrasser des lettres ! » dont le fil rouge est « la lettre ».
Conçus et animés par Carole Prieur, chaque atelier mensuel débute par un exercice d’échauffement créatif. C’est l’occasion de découvrir des pratiques d’écriture d’autres pays : « kasala » et « erasure poetry » ou poésie de l’effacement. Cette pratique consiste à créer un texte poétique en utilisant un texte existant, dans lequel on ne conserve que certains mots et on raye les autres. Les mots conservés forment une ou plusieurs phrases à caractère poétique, et la manière dont les mots sont rayés peut former un dessin.
La Maison de Chateaubriand vient de publier sur sa page Facebook
https://www.facebook.com/Valleeauxloups.Chateaubriand
celui d’Annie, créé à partir d’un extrait de « René » :
« Un jour, je vis le soleil se lever dans le cratère de l’Etna. Ô création immense et imperceptible. En prononçant ces mots, René tomba subitement dans la rêverie. Heureux ! avec raison. »
Extrait du texte original
François-René de Chateaubriand, René, 1802.
«Un jour j’étais monté au sommet de l’Etna, volcan qui brûle au milieu d’une île. Je vis le soleil se lever dans l’immensité de l’horizon au-dessous de moi, la Sicile resserrée comme un point à mes pieds et la mer déroulée au loin dans les espaces. Dans cette vue perpendiculaire du tableau, les fleuves ne me semblaient plus que des lignes géographiques tracées sur une carte; mais tandis que d’un côté mon œil apercevait ces objets, de l’autre il plongeait dans le cratère de l’Etna, dont je découvrais les entrailles brûlantes entre les bouffées d’une noire vapeur.
Un jeune homme plein de passions, assis sur la bouche d’un volcan, et pleurant sur les mortels dont à peine il voyait à ses pieds les demeures, n’est sans doute, ô vieillards! qu’un objet digne de votre pitié; mais, quoi que vous puissiez penser de René, ce tableau vous offre l’image de son caractère et de son existence: c’est ainsi que toute ma vie j’ai eu devant les yeux une création à la fois immense et imperceptible et un abîme ouvert à mes côtés.
En prononçant ces derniers mots, René se tut et tomba subitement dans la rêverie. Le père Souël le regardait avec étonnement, et le vieux Sachem aveugle, qui n’entendait plus parler le jeune homme, ne savait que penser de ce silence.
René avait les yeux attachés sur un groupe d’Indiens qui passaient gaiement dans la plaine. Tout à coup sa physionomie s’attendrit, des larmes coulent de ses yeux; il s’écrie:
«Heureux sauvages! oh! que ne puis-je jouir de la paix qui vous accompagne toujours! Tandis qu’avec si peu de fruit je parcourais tant de contrées, vous, assis tranquillement sous vos chênes, vous laissiez couler les jours sans les compter. (…)
Nous profitons de l’occasion pour publier à notre tour l’un des textes de Carmen, Laurent et Annie qui seront d’ailleurs publiés ultérieurement, avec ceux des autres participants, dans un recueil spécial de la Maison de Chateaubriand.
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