« La Prière »

À Mots croisés s’associe au mois des Fiertés en publiant une série de récits autour du genre, imaginés après le spectacle « Desiderata » (voir actu précédente).

Le premier est signé par Danielle. Retour dans les années 60. Qu’en est-il aujourd’hui ? Bonne lecture !

La Prière

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours été attirée par les filles. Bizarre, me direz-vous, quand on est soi-même une fille. Mon prénom peut prêter à confusion, Dominique, prénom masculin comme féminin, c’est peut-être une des causes….Et ça ne me semblait pas très normal…. Mes camarades de classe ne rêvaient que de garçons, et moi je rêvais de filles !

Comment comprendre ce qui se passait ? Difficile d’en parler à ma mère, encore moins à mes professeurs de cette école catholique où j’étais élève. Et puis, ne nous rabâchait-on pas que c’était un péché, d’aimer quelqu’un du même sexe que soi ?

Difficile d’en parler. A ma mère, hors de question, elle ne comprendrait pas. A mes camarades de classe, elles ne rêvaient que de garçons ! A mes professeurs, difficile dans ce collège catholique ! Pourtant, c’est bien dans ce milieu que mon cœur battait pour une nouvelle élue à chaque rentrée des classes : Isabelle, Laurence, Roselyne……

Je me sentais anormale, et dans les années 1960, les médias ne parlaient pas d’homosexualité. Il n’y avait pas non plus de films, encore moins de livres….

Alors, il ne me restait plus qu’une solution : lors de ma prière du soir, demander au Bon Dieu de me transformer en garçon pendant la nuit. Si je devenais un garçon, plus de problème, je pourrais aimer une fille.

Alors, chaque soir, je réitérais ma demande. Mais chaque matin, je me réveillais toujours dans la peau d’une fille… Alors résignée, j’ai mis mon moi profond dans ma poche, et j’ai fait comme tout le monde : je me suis mariée.

Mais il est difficile de nier longtemps ce que l’on est vraiment au fond de soi. Je n’en pouvais plus de me mentir, de mentir à mes proches.

Alors, j’ai tout envoyé valdinguer : le mari, les amis qui ne comprenaient pas ma nouvelle situation, et je me suis affirmée comme femme qui aimait les femmes. Un chemin pas toujours facile, solitaire, mais en pleine lumière.

Aujourd’hui, j’envie les jeunes femmes qui n’ont pas besoin de se cacher, même si des attaques homophobes ont lieu trop souvent. J’espère que la société évoluera encore, pour permettre à chacune et à chacun de s’épanouir pleinement, avec la personne aimée, quel que soit son genre.

Laisser un commentaire

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑