« Chute et silence »

Le récit d’Anne commence par les gestes ordinaires du matin. Ne vous fiez pas aux apparences. Vous risquez d’être surpris ! Bonne lecture de son fragment ! 

Chute et silence

Elle venait de finir son premier café, celui de six heures, emmitouflée dans son gilet rose défraîchi. Elle allait allumer la radio quand la sonnerie de la porte retentit dans le silence matinal. Elle ouvrit la porte sans réfléchir, sans jeter un coup d’œil au miroir au-dessus du meuble de l’entrée. Devant elle, deux hommes en uniforme, la mine grave.

– Madame, nous sommes désolés de vous déranger, pouvons-nous entrer ?

La douceur de la voix tranchait avec la rigueur presque hivernale. Ils prirent le temps de retirer leur couvre-chef. Machinalement, elle se décala sans même répondre, ils entrèrent dans la cuisine aux effluves réconfortantes de café. Elle perçut, dans le ton solennel empreint de gravité d’un des militaires, l’ombre du désespoir, la culpabilité d’être un oiseau de mauvaise augure, la noirceur d’une nouvelle qu’on n’ose amoindrir. Elle devina dans le regard pourtant réputé impitoyable d’un des hommes vêtus de bleu, la douleur à peine voilée. L’air vint à lui manquer, ses yeux se voilèrent.

« Votre mari … »

Ses oreilles ne captèrent plus aucun son.

Ses jambes avaient décidé de ne plus la porter.

Elle s’écroula sur le carrelage froid.

Novembre glacial.

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