« La nuit »

Série « Écrire, toujours et encore »

Invitation au voyage avec Carmen ! Un voyage par-delà toutes les frontières, un voyage dont on revient ou pas. Bonne lecture de son récit … extraordinaire !

La nuit

La nuit, je ne dors pas. C’est l’instant, où à la faveur de la lune, le pars en voyage sur mes nuages. Parfois, ils sont nombreux et d’autres soirs un peu moins. Ils ne savent rien des limites qui nous sont imposées. Si mes rêves ont des frontières, les nimbus et autres cumulus, eux rien ne les retient. Ils sautent tels de blancs moutons par-dessus les barrières érigées. Ils vont déambuler dans les champs du rêveur du lit d’à côté.

Certains crépuscules avant de plonger trop profondément dans les bras de Morphée, j’en attrape un ou deux au lasso. De préférence des très gros car ainsi ils durent plus longtemps. Les petits et les frêles se disloquent dans l’azur du ciel et alors je chute dans les fleuves du temps.

La nuit précédente, j’ai coulé dans l’Amazonie et, celle d’avant, j’ai nagé dans les eaux tranquilles du Nil bleu. Ce soir, je ne vais pas me faire avoir car j’aurai avec moi le plus imposant nuage de mon pays. Ma voisine rêveuse n’a qu’à bien s’accrocher car c’est moi qui vais le capturer. Je la trouve jolie la songeuse de la chambre attenante à la mienne. Et si je lui proposais de venir faire un tour avec moi ? Mais pour cela, elle doit ouvrir sa frontière pour laisser passer mon nuage. A deux les voyages sont toujours plus grands que ceux que l’on fait seul sur ses terres célestes. Je sais qu’elle ne peut bouger de son lit. Ni le jour, ni la nuit. Alors, ce soir c’est décidé, je frappe à la porte de ses rêves à elle et nous irons de rêve en rêve, oubliant ce qui nous sépare, ne gardant que le meilleur à vivre. En revanche, Il faudra nous montrer prudent avec le territoire de la chambre 402. Je n’ai jamais vu un aussi mauvais rêveur. Quand il s’approche de chez moi, je ferme tout car il a la mauvaise habitude de semer d’horribles cauchemars partout où il va. Les rêves sont faits pour avoir chaud dans le cœur, pas pour frémir de terreur.

Voilà, cette nuit, elle m’a dit oui. Nous allons passer notre premier rêve ensemble. Ça rend heureux de vivre un songe à deux. Il en devient plus grand, plus intense, sans contours. La frontière s’étend au-delà de toutes limites. Avec nos nuages apprivoisés, nous irons rendre visite à tous les endormis de l’hôpital.

  • Bonsoir, José, comment allez-vous ce soir ?

Je la sens me caresser le front avec sa tendresse habituelle. J’aime quand elle me fait ça, j’ai moins peur. Et moins j’ai peur, plus je rêve.

  • Vous savez quoi ! Votre voisine d’à côté a remué la main quand je lui ai dit que je venais vous voir juste après elle. C’est incroyable, non ? Je sais bien que les autres soignants me prennent pour une fille folle, mais moi je le sais que vous pouvez m’entendre. Que vous êtes toujours là, à continuer de vivre à votre manière. Que votre vie n’est pas finie. Ce n’est pas parce que vous êtes dans le coma que vous ne rêvez plus.

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