« La vie en mouvement »

Poursuivons notre voyage en 2063 avec Adélaïde qui nous ouvre les portes d’un musée proposant une collection d’objets de votre quotidien. Que pensez-vous de ce nouveau monde ? 

La vie en mouvement

La foule d’enfants se serra autour de la vitre transparente, regardant avec perplexité les objets trônant sur les estrades. Une collection de toutes les formes et toutes les couleurs.

« J’aimerais maintenant vous présenter le fléau du vingt-et-unième siècle. Cet objet a fait des ravages parmi toutes les tranches d’âges et de population. Au début, il ne s’agissait que d’un objet de confort, voire de réconfort. Puis il est devenu indispensable, une aide, une manière de vivre. Pour finir par devenir un cataclysme : des dos broyés, des muscles atrophiés, des vies ruinées. Est-ce que quelqu’un se souvient de son nom ? »

Un long silence, puis …

« Une chaise ? » proposa l’institutrice. 

« Oui, exactement, une chaise. Ici, une chaise en bois, destinée aux classes dans un modèle jaune. A côté, vous pouvez trouver un fauteuil, une déclinaison rembourrée de la chaise qui permettait, désolée pour le terme de « s’affaler ».

Un « oh » collectif répondit à la dernière phrase. 

« À votre droite, une version roulante de la chaise, qui permettait de se déplacer en restant assis. Imaginez-vous à cette époque certaines personnes ne pouvaient tenir debout plus de quelques minutes sans avoir mal au dos et aux jambes ! »

Les visages des enfants se décomposèrent. 

« Néanmoins, la majorité des gens pouvait rester debout et marcher ; malgré tout, leur plus grand plaisir était d’aller s’asseoir. En 2051, soixante-quinze pour cent de la population avaient des problèmes graves de dos. Les scientifiques qui avaient prévenu des conséquences de l’inactivité physique étaient enfin écoutés. Mais trop tard.

Il a donc été pris une décision radicale pour pousser les gens au mouvement, les empêcher de s’asseoir. Il n’existe aujourd’hui que deux positions autorisées : debout et allongé. Comme vous vous en doutez, il n’a pas été facile d’interdire la position assise. Il existait des lieux clandestins remplis de chaises, certains cachaient cet objet chez eux. 

Par exemple, ma propre grand-mère, une citoyenne modèle, avait caché dans son grenier une chaise pliante. C’est mon grand frère qu’il l’a découverte, et ne sachant pas ce que c’était avait commencé à jouer avec. Mon père, étant inspecteur, n’a pas ignoré l’infraction, vous vous doutez bien. Je n’ai pas vu ma grand-mère pendant un an, le temps de sa peine en prison. Oui, en effet, à l’époque, la peine n’était pas très forte.

Du côté de notre société, la décision a également été salvatrice pour l’économie : récupérer tous ces objets, les recycler et reconstruire des meubles adaptés à ces nouveaux styles de vie a créé une activité intense et créé beaucoup d’emplois.

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