« Le malheur des uns »

Démarrons notre série de récits « La machine de laver « avec celui d’Elisa ! Un dialogue qui caractérise 2050 et permet de donner à voir en miroir ce qu’est notre époque. Bonne lecture !

« Le malheur des uns »

– Mais… C’est une blague ? Mais qui a fait ça ?! Je vais le fumer !

– Uuuuuuh c’est toi qui gueules comme un putois ? On t’entend depuis l’autre bout du couloir !

– Et tu vas pas tarder à faire pareil, regarde le linge qui vient d’être lavé.

– Ben, qu’est-ce qui… Ah… Oh la tuile… Tous les vêtements sont dans cet état ?

– Oui ! On n’a plus qu’à les refiler à des enfants de six ans nos fringues, tout est foutu. Tout a rétréci ! En même temps, la laine, c’est vraiment pas un matériau de qualité. Quand je pense qu’il y a quelques années, on avait le droit de porter ce qu’on voulait !

– Je ne comprends pas comment ça a pu arriver…

– Je vais te le dire moi, comment c’est arrivé. A coup sûr c’est encore ce tocard de Jean-Eudes qui était de lessive cette semaine ! Lui de toute façon dès qu’il fait une tâche pour le collectif il trouve le moyen de se foirer !

– Attends avant d’attaquer Jean-Eudes. Tu as une dent contre lui depuis que le système d’arrosage connecté qu’il a installé dans le potager a noyé tes plants de tomates ; et maintenant tu l’accuses systématiquement. Il pensait bien faire tu sais… M’enfin cela ne règle pas le problème de savoir ce qu’on va faire de ces fringues. Cette laine, peut-être qu’on peut la réutiliser pour en faire une couverture ? Quant à savoir comment on va se procurer de nouveaux vêtements… Le problème c’est que les moutons viennent d’être tondus et le conseil municipal a voté pour attribuer leur laine aux bébés qui sont nés cette année… Il paraît que c’est Christine qui s’occupe de leur tricoter des bonnets et des pulls.

– Ben ça, tu vois, c’est dégueulasse. C’est la deuxième tonte consécutive qu’on alloue aux bébés alors que des vieillards ont des vêtements tout troués, et qu’il y a pénurie de chaussettes dans les boutiques !

– Je te le fais pas dire… En même temps, deux des sept membres du conseil ont eu des gosses, l’an dernier ; ça joue en leur faveur.

– Ils sont complètement corrompus, c’est certain !

– Mais attends, ça me fait penser à quelque chose. Peut-être qu’on pourrait demander à Christine de nous aider un peu ? C’est elle qui stocke toute la laine dans son atelier, peut-être qu’on pourrait s’arranger discrètement ? Moyennant un joli cadeau, bien sûr…

– Laisse tomber. Christine c’est une vieille peau, je la connais. Elle voudra jamais nous filer un coup de main ; elle risque surtout de nous dénoncer à toutes ses copines. Et alors je te raconte pas les ragots dans tout le village…

– Oui, mais c’est une bonne copine de Jean-Eudes, et il lui plaît beaucoup. Peut-être que contre un avantage en nature…

– Tu rigoles ?? On peut pas demander ça à Jean-Eudes, pas d’être approché par la vieille carne. Ça me donne des frissons rien que d’y penser.

– C’est toi qui vois. En même temps, si c’est lui qui est responsable de la ruine de nos vêtements… Il a ce qu’il mérite, non ?

– Vendu ! C’est Christine qui va être contente…

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