« Fête des mères – Fin d’année – Fête de Pâques »

Vous allez pénétrer un tout autre univers de repas familial avec Jean-François qui va vous transporter jusque dans les Caraïbes. Bon voyage et bonne lecture ! 

Fête des mères

Autour de la table, femmes, hommes et enfants dans un charivari dévoilaient leurs occupations, leurs désirs et leurs difficultés. Untel pavoisait à propos de la visite du Général de Gaulle et de la foule en liesse venue l’accueillir. Tel autre répondait qu’il s’en était bien sorti avec la guerre d’Algérie. En ce jour de fête des mères, trois générations étaient rassemblées autour de la matriarche heureuse et rieuse de voir ses enfants et petits enfants se chamailler.  

On renchérissait que De Gaulle avait eu raison de venir au pays, car après la situation sociale explosive de ces derniers temps, la jeunesse frôlait la rupture, impatiente d’un avenir meilleur.

Gavés du colombo traditionnel, on s’échauffait sous les vapeurs de l’alcool, on ne comprenait pas l’organisation massive des migrations vers la métropole, on parlait de ceux qui voulaient suivre l’exemple de Cuba et de sa révolution, mais aussi de la première communication par satellite avec l’expérience de l’émission télévisée entre la France et les États-Unis.

Ça parlait fort, on riait gras, les enfants couraient autour de la salle à manger, criaient dans cour et n’entendaient pas leur mère hurler après eux de revenir à table s’ils voulaient un peu de sorbet. 

Fin d’année

La famille s’était réunie ce jour-là pour tuer le cochon. Par la suite, on cuisina le boudin, le jambon et on prépara la viande roussie.  Les discussions animées avaient commencé tôt.

Le sommet entre Giscard et Ford était à l’honneur ce dimanche. Certains se montraient fiers du choix de la Caraïbe pour cette rencontre internationale, d’autres réclamaient un peu plus d’égard pour leurs préoccupations : l’absence de travail et la misère quotidienne. On se plaignait des campagnes qui se dépeuplaient encore massivement, de cette jeunesse qui préférait quitter son pays pour s’en aller vers un soi-disant eldorado. Des passionnés parlaient de la déroute du Brésil lors de la dernière coupe du monde de football et de la victoire in extremis contre toute attente de l’Allemagne face aux Pays-Bas. 

Fête de Pâques

En ce jour de Pâques, les familles se retrouvaient à la plage autour du traditionnel faitout de crabes. On avait toutes et tous apporté des assiettes, des tables, des barres de glaces, des réchauds à gaz ou à charbon pour réchauffer les plats, griller la morue. Le rhum restait central avec le citron vert et le sucre. Pendant que les femmes préparaient les plats consistants, des hommes se mettaient aux salades tout en sirotant leur punch tandis que d’autres s’installaient dominos ou cartes entre les mains à côté d’une bouteille.  

On était déjà bien chaud quand on commençait à attaquer le repas et on devenait exubérant quand l’heure du matété, le plat de crabe, arrivait.  

On expliquait les dégâts causés par le cyclone Hugo, on affirmait que cette « tempête du siècle » avait dévasté les champs de bananes et arraché les toits de nombreuses maisons. Les plus anciens affirmaient presque blasés que ce n’était rien à côté du cyclone de 1928. 

Il y en avait qui se rêvaient en Bill Gates et, en dépit de l’arrêt des migrations organisées, envisageaient un départ prochain  pour des cieux plus cléments, tandis que d’autres s’extasiaient quant à la performance de Griffith Joyner aux Jeux de Séoul.

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