Nathalie nous livre un portrait délicat d’une famille du milieu des années 70 à l’année 2011 en passant par le début des années 90. Bonne lecture !
« Tirés par les cheveux »
Je viens déjeuner chez mes grands-parents avec mes deux frères et mes parents. Le décor de leur appartement est en formica. Nous sommes au milieu des années soixante-dix. Mon frère aîné a laissé pousser ses cheveux à outrance, ce qui énerve mon grand-père.
Celui-ci est sourd depuis qu’un taxi l’a renversé dans les années trente. Comme il ne s’entend pas, il hurle à pleins poumons. C’est un Titi parisien de Ménilmontant, la casquette toujours vissée sur son crâne dégarni.
L’huma dimanche est posé sur un coin du canapé. Mon père et mon frère aîné aiment bien débattre sur l’actualité avec mon grand-père. Mon père tape sur la table pour prendre la parole afin que mon grand-père lise sur les lèvres. Les débats sont houleux.
Georges Marchais prend une place importante dans le débat tandis que ma mère et ma grand-mère parlent du dernier tricot réalisé. Avec mon frère cadet nous jouons avec le jouet trouvé dans Pif gadget. Souvent les dimanches, cela sent bon le poulet grillé ou le gigot. L’après-midi, nous sortons en famille sans mon grand-père qui reste pour faire la vaisselle et une petite sieste.
Lorsque nous rentrons de la balade, nous avons droit à un chocolat chaud et du café pour les parents. Vers dix-huit heures, nous rentrons à la maison avec un petit trésor en poche : une pièce de cinq francs pour moi et un billet de dix francs pour mes frères.
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Début des années quatre-vingt-dix années, Michel Drucker présente Champs-Elysées. On attend la venue de mes frères et de mes neveux. La famille s’est agrandie. Ma grand-mère est sur son trente et un. Elle est maintenant arrière-grand-mère. Le décès de mon grand-père l’a beaucoup peinée comme nous tous.
Les débats houleux sur la politique n’ont plus lieu. C’est les préparatifs pour Noël. Mes neveux sont encore des bébés mais une excitation s’empare de nous tous pour cette fête : chacun donne son avis.
On éteint le téléviseur quand toutes les stars ont foulé le tapis rouge de Champs-Elysées.
Mon père prépare l’apéritif pendant que nous nous occupons des petits.
Il y a une place vide à table, ma mère n’est plus de ce monde depuis cinq ans. Le minitel trône à côté du téléphone et chacun regarde la nouvelle acquisition qui est un lecteur CD. Maintenant, c’est mon frère cadet qui porte les cheveux mi-longs, il ressemble à un membre des boys band.
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Année deux mille onze, nous sommes début août. La chaleur est torride.
Nous sommes réunis pour fêter mon quarantième anniversaire. Les enfants ont bien grandi. Ce sont des adolescents maintenant. Ma grand-mère n’est plus avec nous. Cela rappelle le manque des êtres chers. Les verres tintent. Le gâteau arrive. Les cadeaux sont déballés et les débats reprennent. Mon père et mes deux frères sont chauves maintenant. Mon frère aîné tapote sur son smartphone. Il est à la recherche du coût d’une greffe de cheveux comme Florent Pagny.
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