« Mot après mot, le sang s’écoule »

C’est sous un autre angle qu’Elisa aborde l’écriture d’un fragment de vie d’un.e libraire. Un récit débordant d’émotions. Bonne lecture !

Mot après mot, le sang s’écoule

Mais, Monsieur, j’ai bien vu que des clients font la queue derrière moi, mais vous conviendrez que mon cas est véritablement plus important. Cela fait douze ans que je suis après ce poème, tout de même ! Douze ans que je suis en quête, douze ans qu’il me hante.

Je l’avais appris par cœur et il m’accompagnait partout, comme un chien fidèle et merveilleux dont on découvre de nouvelles facettes à chaque instant, qui sublime nos moments de bonheur et allège le poids de cet immonde rouleau compresseur qu’on appelle “le temps qui passe”.

Mais le voilà, justement, le nœud du problème. Le temps passe ; le chien vieillit et meurt petit à petit. Mon poème aussi, il disparaît petit à petit de ma mémoire. Il ne m’en reste que quelques bribes… Un chariot doré… le chiffre sept… C’était un poète beatnik… Le tout avec un rythme bien marqué, bien scandé…

Vous voyez, j’oublie, j’oublie chaque jour un peu plus, et que restera-t-il de moi quand je n’aurai de ce poème plus que l’ombre de son souvenir ? Il s’agit là d’une question vitale que je vous pose, monsieur le libraire et, je vous en supplie, ne vous rendez pas coupable de non-assistance à personne en danger en me tournant le dos ! 

Aidez-moi ! Retrouvez-moi ce poème, qui me maintient en vie et qui s’échappe, mot par mot, depuis douze longues années ! 

Si ce n’est pas vous, Monsieur, qui m’aidez à stopper cette hémorragie, alors qui le fera ?

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