Comme expliqué dans un précédent post, nos écrivants se sont prêtés à un exercice d’écriture collaborative. Voici l’un des rengas écrit en atelier, sans contrainte (syllabique et autres).
Nous publions également le poème « Le Chat », extrait des « Fleurs du Mal » de Charles Baudelaire, dont l’incipit a été le déclencheur d’écriture pour l’expérimentation de ce renga.
Bonnes lectures !
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Dans ma cervelle se promène une idée
Qui n’arrive pas à en sortir.
Elle ressemble à un énergumène boiteux
Ou même à un fakir.
Il est des naissances bien difficiles parfois.
Une idée, que dis-je ?
Une foison d’idées.
Laquelle est la bonne ?
Laquelle retenir ?
Elles se rencontrent, s’entrechoquent pour mieux grandir.
Dans ma cervelle, voilà une idée qui se promène
Une idée avec une planche et des clous.
Je sens que je crée un nouveau concept.
Un nouveau concept très conceptuel,
Mais qui n’arrive pas à se concrétiser
D’autres moins modestes que moi auraient dans ce cas crié « Eureka ! »
J’ai dans la tête une idée si farfelue
Qu’à présent, elle dicte sa loi
Et me fait écrire n’importe quoi.
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C’est l’incipit du poème « Le Chat », extrait des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire, qui a été source d’inspiration pour nos écrivants.
Dans ma cervelle se promène,
Ainsi qu’en son appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant ;
Quand il miaule, on l’entend à peine,
Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s’apaise ou gronde,
Elle est toujours suave et profonde.
C’est là son charme et son secret.
Cette voix, qui perle et qui filtre
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me pénètre comme un philtre.
Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n’a pas besoin de mots.
Non, il n’est pas d’archet qui morde
Sur mon cœur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde
Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu’harmonieux.
De sa fourrure blonde et brune
Sort au parfum si doux qu’un soir
J’en fus embaumé, pour l’avoir
Caressée une fois, rien qu’une.
C’est l’esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?
Quand mes yeux vers ce chat que j’aime,
Tirés comme par un aimant,
Se retournent docilement,
Et que je regarde en moi-même,
Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.
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