Rencontre avec Marie-Laure Rossi, animatrice de l’atelier d’écriture Arthur Rimbaud

Régulièrement, À Mots croisés déplace ses ateliers hors les murs pour renouveler les pratiques d’écriture et ouvrir autrement les imaginaires. Comme annoncé dans notre post précédent, nous sommes allés, début mars, à la rencontre d’une figure littéraire emblématique : Arthur Rimbaud, à l’Hôtel littéraire éponyme, situé dans le 10e arrondissement de Paris.

Nous avions invité Marie-Laure Rossi à animer cet atelier hors les murs et partageons, ici, un entretien où elle nous explique son approche de l’écriture, sa vision des ateliers, etc. 

Nous vous souhaitons une belle rencontre avec Marie-Laure !

D’où vient votre amour des mots, de l’écriture ?

Dans ma famille, on pensait que l’écriture était réservée aux gens très instruits. Ma mère était une lectrice passionnée et mon père un poète qui s’ignore. Quand j’étais petite, j’adorais l’écouter composer les menus qu’il mettait à la carte de son restaurant. Très tôt, on m’a encouragée à écrire mes émotions dans un journal intime. J’y ai puisé la conscience que l’écriture est une manière de donner une place réelle et concrète à ce qui n’a pas sa place dans la vie de tous les jours. 

Quel chemin vous a menée à l’animation d’ateliers d’écriture ?

J’y suis arrivée sans en avoir conscience, pendant mes études de Lettres, alors que je me suis retrouvée par hasard à animer un atelier d’écriture avec des sans-abris pour une association humanitaire. Ils m’ont appris que la culture et l’art sont aussi importants que les conditions matérielles qui leur faisaient cruellement défaut. Et puis je suis devenue professeur de français, avec la conviction qu’il faut donner aux enfants et aux adolescents les moyens de s’exprimer et qu’écrire est la meilleure manière d’apprendre à lire la littérature.

Mais moi, j’écrivais très peu. Je jetais tout ce que je gribouillais parfois sur un coin de table, parce que je me trouvais ridicule par rapport aux grands écrivains que je connaissais par cœur. C’est en osant pousser la porte des ateliers d’écriture d’Aleph que j’ai pu trouver du soutien et des encouragements à exprimer ma propre voix, à l’explorer, à la construire… Par cette révélation, je me suis rendu compte à quel point j’avais été impliquée dans l’accompagnement de l’écriture des autres depuis longtemps. J’ai eu envie d’apprendre à faire cela plus consciemment et plus efficacement. C’est ce qui m’a conduite à me former en tant qu’animatrice auprès d’Aleph. 

Je porte en moi  l’idée que la poésie change le monde, qu’elle est l’avenir souhaitable de nos sociétés si fragiles. J’espère stimuler chez mes participants cette attitude particulière face à la vie. 

Qu’est-ce qu’un atelier d’écriture réussi selon vous ?

En atelier, l’écriture devient un sport d’équipe. Il faut que le groupe, dont je ne suis qu’un élément, réussisse à se fédérer pour favoriser l’entrée de chacun dans l’écriture. Si chaque personne a réussi à se lancer dans un texte, quelle que soit sa longueur ou sa « valeur », c’est gagné. Cela demande beaucoup de courage d’accepter d’écrire sous l’impulsion de quelqu’un d’autre, qui définit le cadre et la perspective. Pour moi, peu importe que l’on soit satisfait de son texte. Ce qui compte, c’est l’expérience d’écriture que l’on se donne : on découvre de nouvelles possibilités, on définit ce qui nous convient ou pas, on élabore des pistes pour retravailler ou écrire autrement… C’est pour cette raison que j’accorde beaucoup d’importance aux retours, à l’écho porté par le groupe sur les textes : un atelier d’écriture réussi est un atelier où l’on a osé écrire et dont on repart avec l’envie d’écrire encore… 

Avez-vous des projets d’écriture ? En cours ? En rêve ?

La notion de « projet » m’est assez étrangère, certainement parce qu’elle est trop déterminée aujourd’hui par les pratiques de l’entreprise. 

Durant plusieurs années, j’ai écrit un récit autour de l’artiste Niki de Saint-Phalle et je cherche à le faire publier. 

J’ai envie de m’immerger dans un récit qui se passerait à la préhistoire, dans la grotte de Lascaux. C’est quelque chose qui mûrit lentement dans mon esprit. 

Au jour le jour, j’écris, je dessine et/ou je colle dans des carnets, selon l’envie ou l’émotion du moment. Parfois, je reprends des choses qui sont apparues dans ce magma et j’en fais une nouvelle ou une série de poèmes… 

Quel est votre mot ou quels sont vos mots préférés ? Ceux qui résonnent plus particulièrement en vous ?

J’aime les grands mots – paix, amour, joie, universalité – pour leur élan

J’aime les gros mots – couillon, racaille, face de Carême glacé – pour leur énergie

J’aime les mots doux – plume, coeur, écume, nuée – pour leur accueil

J’aime les mots vieux – meshui, antan, billevesées – pour leur lumière

J’aime les mots qui disent plus que ce qu’ils disent

Je les prends et je les jette comme un feu d’artifice ! 

Merci, Marie-Laure ! A suivre les récits de nos écrivants !

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Photos (C) MLRossi

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