«  Tombé du ciel »

Deuxième valse des mots avec une histoire imaginée par Jean-François pour la scène 1, Francine pour la scène 2 et Carole T. pour la scène 3. Légère différence avec le Bal Littéraire, Carole Prieur, intervenante d’A Mots croisés, propose de finir notre texte avec la première phrase de la chanson.

Ces deux derniers jours, nous avons partagé le récit de Jean-François, qui s’appuyait sur la chanson « Exil » de Ralph Thamar, puis celui de Francine imaginé à partir « A nos souvenirs » de Trois Cafés Gourmands. Aujourd’hui, vous allez découvrir l’épilogue de Carole, inspirée par  « Tombé du ciel »  de Jacques Higelin. Elle devait donc finir son texte par la première phrase de la chanson : « Tombé du ciel »

Nous vous souhaitons bonne lecture et … bon bal, si vous mettez la musique !

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 « Tombé du ciel »  de Jacques Higelin (1988) – Paroles et musiques : Jacques Higelin

 

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Pauline entra dans le deuxième salon de l’appartement. La pièce était très grande. Les rideaux fins de la baie vitrée laissait entrer la lumière sombre de la nuit. Elle inspecta les lieux avec précision, lorsque son regard se posa sur trois grands tableaux au mur. Attirée par cette décoration imposante, elle se rapprocha de l’un d’eux : « Black in deep red », peinture sur toile, Mark Rothko. Elle jeta un regard rapide sur les autres tableaux : ils étaient du même acabit.

Au milieu de la pièce, une table basse en bois prenait tout l’espace. Elle s’en approcha et trouva une boîte de cigares Havane, un livre de Didier van Cauweleart tenu par un marque-page et un magazine d’auto-moto ouvert. Elle prit un cigare, le porta à ses narines et le huma, une, deux, trois fois, comme si elle connaissait l’odeur du tabac. Puis, elle s’installa dans un grand fauteuil marron placé en face de la télévision. Elle le trouvait confortable, s’y enfonça en posant ses avant-bras sur les accoudoirs.

Elle envisagea la superficie, balayant de son regard toute la décoration. Le visage de ses parents revint subitement à sa mémoire. Elle les vit tout d’un coup apparaître sur la véranda. Son visage se déforma et ses yeux s’emplirent de larmes. Submergée par l’émotion, elle ne se contrôlait plus. 

Son père travaillait dans la maison comme jardinier ; il était très apprécié par le propriétaire. Sa mère, elle, cuisinait et s’occupait du linge. Ils vivaient tous les trois dans une dépendance derrière la maison principale. Le mercredi après-midi, on l’autorisait à jouer avec le fils de la maison : ils faisaient du vélo, regardaient la télévision, jouaient au Trivial poursuit dans la chambre. Elle sécha les yeux méthodiquement comme pour effacer un souvenir dérangeant. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle vit apparaître face à elle un homme, d’allure plutôt jeune, la chemise claire, déboutonnée jusqu’en haut du nombril. La veste en cuir posée sur le dos, lui donnait un look de dandy. Sans aucun sursaut, Pauline le fixa.

Le jeune homme la dévora du regard. Elle fit semblant de ne pas le reconnaître. Charles Henry, d’un air éméché, avait du mal à rester en place.

– Mais, dit-il d’une voix enjouée, c’est toi? Pauline ? Je sais que c’est toi ! cria-t-il encore plus fort.

Pauline persista dans son silence, pas peu fière que Charles Henry l’ait reconnue. Il continuait à s’agiter.

– Paaulinnne ! Je sais… que… c’est toi, hurla-t-il. Sans attendre, il continua :

– Mais, où étais-tu depuis tout ce temps ? 

Le visage de Pauline esquissa, enfin, un début de sourire. Charles Henry la questionna : 

– Tu es tombée du ciel ?!

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