Dernière valse des mots avec une histoire imaginée par Carmen pour la scène 1 et Laurent pour la scène 2 et pour la scène 3. Légère différence avec le Bal Littéraire, Carole Prieur, intervenante d’A Mots croisés, propose de finir notre texte avec la première phrase de la chanson.
Ces deux derniers jours, nous avons partagé le récit de Carmen qui s’appuyait sur la chanson de « Lili voulait aller danser » de Julien Clerc et celui de Laurent imaginés à partir de « Moi, je suis tango » de Guy Marchand. Aujourd’hui, vous allez découvrir l’épilogue de Laurent, inspiré par « Quatre murs et un toit » de Bénabar. Il devait donc terminer son texte par la première phrase de la chanson : « Un terrain vague, de vagues clôtures, un couple divague sur la maison futur ».
Nous vous souhaitons bonne lecture et … bon bal, si vous mettez la musique !
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« Quatre murs et un toit » de Bénabar (2005) – Paroles et musique : Bénabar (Bruno Nicolini) / Jason Charles Beck
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Dix années passèrent. La rupture avait été d’autant plus difficile qu’elle avait été soudaine. Et violente.
Choquée, Lili avait dû aller voir une psychologue. Elle avait alors compris qu’elle s’était engagée très vite avec Tony sans réfléchir sur les différences qui les opposaient. Elle sut ainsi reconstituer cette relation qui l’avait profondément déstabilisée. Mais qui l’avait aussi considérablement enrichie : Tony lui avait ouvert les yeux sur certaines réalités sociales et culturelles, notamment celles des gens du voyage, qu’elle ignorait totalement. Cela avait été déterminant pour son orientation professionnelle : peu à peu, elle avait travaillé comme avocate pour différentes associations humanitaires et s’était spécialisée dans la défense des sans-papiers.
Quant à Tony, lui aussi avait été très ébranlé par la rupture. Mais il avait réagi très différemment. Il avait alors tout lâché, tout quitté. Et était parti faire un tour du monde pendant de nombreux mois. Le moyen pour lui de faire du tri dans sa tête. Il avait alors compris qu’il avait été profondément marqué par le raffinement de Lili, sa discrétion. Et aussi l’esprit d’ouverture de ses amis, de son milieu.
Il avait voyagé en Amérique du Nord et du Sud, en Asie avant de rentrer par l’Europe. Il avait fait de multiples rencontres, réalisé de multiples expériences, vu des paysages inoubliables, des monuments grandioses. Il était rentré en France, la tête pleine d’idées et de projets.
Désormais, il ne pouvait plus envisager son avenir sur les marchés en banlieue. Il voulait garder son horizon ouvert. Il avait décidé de faire des études. Comme il n’avait pas le bac, il avait passé et réussi l’examen qui lui ouvrait les portes de l’université. Et il avait obtenu une bourse pour commencer des études d’anthropologie. Il avait entrepris de faire un doctorat tourné vers la comparaison des civilisations pré-colombiennes et micronésiennes.
Un jour, son directeur de thèse lui demanda de tenir une conférence sur son sujet de doctorat. Cela l’inquiétait car sans être timide, il n’aimait pas parler en public. Mais il ne pouvait rien refuser à cet universitaire de réputation internationale.
A la fin de la conférence, l’étudiant fut abordé par un certain Thomas qui lui expliqua : « On s’est déjà rencontré il y a longtemps chez Lili de Flavigny, je crois… Dis voir, tu as fait du chemin, depuis ! » Faussement détaché, Tony lui demanda : « Oui, je me souviens t’avoir rencontré. Et Lili, que devient-elle ? » « Et bien, elle aussi est comme toi : elle a fait du chemin ! Elle est l’un des piliers du meilleur cabinet d’avocats pour la défense des sans-papiers. Et est devenue l’une des bêtes noires du ministre de l’Intérieur ! »
Avant de se séparer, les deux jeunes gens s’échangèrent leurs numéros de téléphone. Tony rentra rapidement chez lui, à la Cité universitaire internationale, pour continuer à travailler sur sa thèse. Il devait la soutenir dans un mois. Il n’avait pas de temps à perdre. Les nuits risquaient d’être courtes jusqu’à la soutenance…
Pendant cette période d’intense activité, il ne fut interrompu que par des visites et des coups de téléphone de ses parents et frères et sœurs qui s’enquéraient de sa santé. Des personnes comme Thomas l’appelaient pour connaître la date et le jour de sa soutenance.
Survint la date fatidique. A sa grande surprise, l’amphithéâtre du CNRS était plein. Dans l’assistance, il vit sa famille timide et endimanchée ainsi que nombre de ses copains doctorants. De loin, il reconnut Thomas qui lui fit signe. Il avait le trac. Et se lança dans sa présentation. Les questions du jury furent nombreuses. Il y répondit de manière précise et concise. A la fin, le jury se retira pour délibérer. Il revint un quart d’heure plus tard. Son président prit la parole : « Vous avez fait là un beau travail. Doctorat accordé mention très bien. Avec les félicitations du jury ».
Une petite réception avec champagne l’attendait. A la fin, Thomas s’approcha de lui : « Allez, viens, on va boire un coup. On a des tas de choses à se raconter ! Il y a aussi une petite surprise… » Ils traversèrent le boulevard devant le CNRS pour aller au café « Le Scientifique ». Et là, à une table, il y avait Lili. Qui le regardait intensément. Pendant que s’élevaient les premières paroles de la chanson de Benabar, « Quatre murs et un toit » : « Un terrain vague, de vagues clôtures, un couple divague sur la maison futur »…
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