« Par une nuit sans lune »

Nouvel atelier avec Carole Prieur, intervenante À Mots croisés, où elle sollicite chacun d’entre nous individuellement. 

À tour de rôle, elle nous fait écouter un bruit, un son ; sentir une odeur ; toucher, palper un objet à l’aveugle et enfin noter quelques pistes d’écriture. Puis, elle nous invite à écrire un récit où le personnage principal va vivre les stimuli sensoriels que nous venons d’expérimenter. 

À suivre le récit imaginé par Anne B.

Par une nuit sans lune

La nuit était tombée sur le petit village de Dapaong. On entendait au loin, les claquements secs des geckos, et les sifflements d’animaux qu’elle n’avait pas encore identifiés. Partout,  comme une brume, moite et enveloppante, l’odeur de la citronnelle qui pénétrait les moindres pores de la peau, comme un rempart à ces insectes maudits, à cette maladie si commune pour ici mais si redoutée pour les aventuriers de passage.

Rebecca était l’une d’entre eux. Lors de la traversée, elle avait malencontreusement fait tomber par-dessus bord les cachets miracles que tout voyageur devait avoir. Il fallait qu’elle se rende à l’évidence, elle n’avait plus de comprimés de nivaquine. Malgré son côté baroudeur, elle craignait que le palu ne s’infiltre dans ses veines.

Une vieille femme à la descente du taxi brousse lui avait indiqué qu’à la sortie du village elle pouvait peut-être trouver dans une ancienne maison habité par un vieux médecin à la retraite, son sauveur. 

Elle se mit à traverser le village et ses ruelles informelles et non éclairées. Une jeune vendeuse de rue qui rangeait ses affaires lui confirma qu’elle était sur la bonne direction, mais peu à peu les ruelles se désertaient. Elle tentait d’apercevoir le sol de latérite avec sa lampe torche, mais le faisceau lumineux se mua rapidement en un halo faible, de plus c’était une nuit sans lune. Elle entendait le vrombissement menaçant des bêtes infernales autour d’elles. Etait-elle sur le bon chemin ? Elle sentait son cœur cogner dans sa poitrine. 

D’un coup, l’obscurité : la lampe l’avait lâchée. Elle n’y voyait presque  plus. Seule, entourée des anges maléfiques qui la suivait, elle avançait,  elle sentait encore la poussière sous ses pas. Un épineux lui griffa le bras. Elle avait l’impression qu’elle sortait du village. S’était-elle trompée de ruelle ? Soudain, elle crut voir sur son côté droit une masse sombre. Désormais, ses mains étaient son seul guide  Elle s’approcha de ce qu’elle croyait être une maison. Elle aperçut une lueur infime qui illumina son cœur. Elle tendit ses mains, précieux guides. Ses doigts devinèrent une surface lisse comme du plastique qui maintenait comme une protubérance. Ce devait être un bouton. Elle appuya de toute son énergie. Une sonnerie anachronique retentit dans la nuit noire. Les moustiques continuaient de tournoyer autour d’elle. Etait-elle tombée sur la bonne maison ?  Le silence. La lueur disparut. Les battements de son cœur résonnaient dans sa tête. Qu’allait-elle faire ? 

Ses pensées les plus sombres l’empêchèrent d’entendre le grincement d’une porte bringuebalante. Le visage d’un vieil homme  éclairé par une lampe à pétrole surgit : « Est-ce pour cela que vous êtes venue jusqu’ici ? » Il lui tendait une plaquette de médicaments sur laquelle elle avait cru reconnaître les lettres tant recherchées. Elle n’eut pas le temps de le remercier et s’écroula sur la latérite.

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