Dernier atelier d’écriture de la saison 2023-2024 ! Carole Prieur, intervenante À Mots croisés, nous lit les premières pages* du roman de Marie-Hélène Lafon : « Nos vies » où l’auteure y décrit longuement Gordana, son personnage principal. Extrait : » https://www.babelio.com/livres/Lafon-Nos-vies/961097

Carole nous invite à nous inspirer du physique de ce personnage et à la faire évoluer dans le cadre de notre choix.

Nous vous souhaitons bonne lecture du récit imaginé par Francine !

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Moi, Gordana, bergère d’une trentaine d’années, je garde, depuis mon enfance dans les montagnes arides des Alpes italiennes, les moutons de la ferme familiale. Je suis vêtue des habits traditionnels, une robe noire cachant mes longues jambes aux cuisses fermes, un châle noir avec des dessins d’animaux brodés et colorés, jeté sur mes épaules rondes et croisé sur ma poitrine généreuse. Elle attire le regard des hommes et les boutons de ma robe ont beaucoup de mal à rester à leur place. Un chapeau rond et noir posé sur ma tête fait ressortir la blondeur de mes longs cheveux qui cache un cou long et trapu avec une peau blanche presque transparente. Mon sourire aux lèvres roses montre mes dents solides et blanches.

Je suis debout, buste droit, le regard vers mes chères montagnes. Je tricote un petit gilet en coton pour le printemps. Les chiens aboient et guident le troupeau dès qu’il s’éloigne. Quelques promeneurs pressent le pas de peur de se faire mordre, mais les chiens connaissent leurs devoirs et ne les poursuivent pas longtemps. En me retournant mes yeux se posent sur une maison basse et large, plus en hauteur du pré où je suis. C’est le chalet des Milanais. Collé contre un talus comme pour se protéger du vent et du regard des curieux. Avec sa toiture aux tuiles roses claires, ses volets en bois vernis, ses pierres grises et son petit balcon, il est tout ce que je déteste des gens de la ville. Les hautes montagnes enneigées en fond, c’est un vrai décor de carte postale. Pourtant, avant j’aimais prendre le sentier qui passe derrière et monte dans la forêt de sapins, j’aimais marcher dans la neige qui vient de tomber et qui craque sous mes pas, sentir la fraîcheur de l’air sur mon visage, admirer la dentelle blanche sur les branches et les aiguilles, plisser les yeux quand les rayons du soleil faisaient briller toute cette blancheur. De l’autre côté, mon regard embrasse la vallée. La noirceur des rochers que le tapis blanc ne recouvre pas en totalité, le groupe de bâtisses en pierres et en bois qui forme le petit village, la route goudronnée où de rares voitures viennent se perdre, me donnent le bourdon. 

Mais voilà, j’ai le sentiment de ne plus faire partie de ce monde perdu. Depuis quelque temps, la routine de ma vie, mon manque de contact avec le monde, cette impression que tous les jours se ressemblent, me pèsent sur les épaules. Alors, j’aimerais qu’un de ces véhicules m’emmène loin, loin de la neige, loin du désert montagneux, loin de mes habits noirs, loin de mes moutons et de mes chiens, loin de ma vie.

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