Dernier atelier d’écriture de la saison 2023-2024 ! Carole Prieur, intervenante À Mots croisés, nous lit les premières pages* du roman de Marie-Hélène Lafon : « Nos vies » où l’auteure y décrit longuement Gordana, son personnage principal. Extrait : 

https://www.babelio.com/livres/Lafon-Nos-vies/961097

Carole nous invite à nous inspirer du physique de ce personnage et à la faire évoluer dans le cadre de notre choix.

Nous vous souhaitons bonne lecture du récit imaginé par Annie !

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Sept heures sonnent à Saint-François. Gordana sort sur son petit balcon au sixième étage d’un immeuble modeste donnant sur le Bassin du Roy. Bien emmitouflée dans une écharpe en mohair qu’elle a relevée sur sa tête pour faire capuche. Le vent est là, indécis, farceur, tiède, mais un peu frais pour elle. C’est l’heure de l’apéro. Les promeneurs s’installent aux terrasses des cafés et des restaurants sur les quais. Gordana les regarde sans les voir, vraiment. Elle est lasse de la vie, de sa maladie, qui l’a tellement changée, ces dernières années. 

Avec la chimio, elle a perdu sa crinière blonde. Elle ne sourit plus, elle ne rit plus non plus. Elle porte toujours le même jeans sur ses cuisses galbées, et la même blouse, rouge gansée de blanc. Celle qui cache ses seins, enfin, ce qu’il en reste. Ils ont été examinés, palpés, perforés, scannés, analysés, aseptisés, anesthésiés, perforés, incisés, disséqués, maltraités, mutilés. Ils ne font plus l’objet de fantasmes ni de convoitises, encore moins de jalousies.

À 40 ans, Gordana est devenue une autre femme, plate comme une limande. Faible, sensible, fragile. Elle n’a plus envie de se battre contre cette maladie qui la ronge de partout maintenant. Au dernier diagnostic, les médecins lui ont trouvé des métastases osseuses et pulmonaires. Difficile à accepter ! Ce soir, c’est décidé, elle va essayer de rester debout pour voir le bouquet final du feu d’artifice. Et puis, quand la foule s’éloignera… quand la nuit s’installera… quand les mouettes se seront tues… Gordana fera le grand saut. Elle enjambera la balustrade… vers l’inconnu.

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