Écrivante d’A Mots croisés, Francine s’est livrée avec plaisir à l’exercice d’écriture, « Enfin, libre !» , proposé mercredi 10 juillet 2024 sur Copaca’Bagneux.
Il s’agissait d’écrire un récit avec un (ou plusieurs) personnage(s) bien ancré(s) dans le temps, dans un lieu. Dérouler comment le personnage va tenir alors qu’il est privé de liberté : ses émotions, ses espoirs, ses fantasmes, ses peurs, ses rêves… jusqu’au moment où elle pourra faire dire à son personnage – et cela sera la phrase finale ou excipit : « Enfin, libre ! »
Nous vous souhaitons bonne lecture de son récit !
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Prisonnière de mon corps
Je me souviens de cette belle journée d’été, ensoleillée, joyeuse.
Je me souviens de ce virage en épingle à cheveux, de cette voiture écarlate apparaissant soudainement devant moi.
Je me souviens de mon coup de volant pour l’éviter, des tonneaux au milieu du champ de blé nouvellement fauché.
Je me souviens d’avoir ouvert les yeux, de cette énorme douleur dans le dos.
Je me souviens des voix autour de moi, du fermier me demandant de ne pas bouger, que les secours allaient arriver, de ne pas m’inquiéter.
Je me souviens de reprendre connaissance dans un lit d’hôpital, d’être immobilisée dans un carcan de la tête au bassin.
Je me souviens du regard mouillé et triste de mes parents et de leurs mots hachés, cherchant à me rassurer.
Je me souviens de ce médecin m’expliquant la gravité de mon état, des fractures de plusieurs vertèbres, de la chance que la moelle épinière n’était qu’abîmée et pas rompue.
Je me souviens qu’il me donnait les traitements à venir, que je devais garder plusieurs mois le corset et le lit, puis de la longue rééducation pour remarcher.
Je me souviens des longs mois de patience alitée, des moments d’abattement et de larmes, des moments d’espoir, des moments de découragement et d’épuisement, des moments de reconstruction et de joie de me tenir debout et de faire les premiers pas.
Je me souviens du jour de ma libération du corset, d’être debout et de marcher sans aucune aide.
Je me souviens de crier « Enfin, libre ! »
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