Copaca’Bagneux – Animation d’écriture « Enfin, libre ! » avec Carmen (2)

​Écrivante d’A Mots croisés, Carmen s’est livrée par deux fois à l’exercice d’écriture, « Enfin, libre ! », proposé mercredi 10 juillet 2024 sur Copaca’Bagneux.

À peine fini son premier récit, publié hier, il lui tenait à cœur d’en raconter un autre, dans un tout autre univers.

Nous vous souhaitons bonne lecture de son récit ! 

Le choix

Elle fait de considérables efforts pour se redresser sur son lit malgré plusieurs oreillers dans son dos. Ils ne lui suffisent pour parvenir à la maintenir en position semi-assise. Pourtant, elle se refuse obstinément à se faire aider, à quémander une assistance. Dérisoire fierté de femme libre. 

Epuisée, à bout de souffle, le corps rongé par la maladie, chaque minute de survie, chaque minute de douleur, chaque minute clouée ici est vécue comme une privation de liberté. Mais elle ne veut plus vivre prisonnière d’elle-même et sa décision, lentement mûrie, jour après jour, telle une obsession, elle va en faire part au staff médical, après cette énième nuit de souffrance. Et s’ils refusent de comprendre, d’accepter son ultime décision, eh bien tant pis. Il s’agit de son choix, de sa dernière liberté d’être humain, que de décider comment vivre et comment partir.

Un léger bruit derrière la porte de sa chambre, la tire de ses réflexions et par l’entrebâillement de celle-ci elle aperçoit le visage rond presque poupon de son neurologue. 

« Bonjour, madame Dupin. Tout va bien ?  Bien dormi ? Vous avez bonne mine ce matin. »

Elle l’écoute un léger sourire aux lèvres, puis l’interrompt brusquement.

« Je veux mourir ! »

Un ange passe et de nouveau :

«  Je veux mourir ! »

« Vous n’êtes pas sérieuse, madame Dupin, vous êtes juste fatiguée. Je vous prescris immédiatement des anxiolytiques et des somnifères. » 

« Non, écoutez-moi, je veux mourir ! »

Nouveau silence encore plus lourd que le précédent.

« Madame Dupin, je sais que la SLA est une maladie difficile, mais aucune raison d’en finir. »

« Si, il y a une bonne raison, vous le savez fort bien. Vous et moi connaissons la fin. »

Il ouvre la bouche mais ne trouve rien à dire à sa patiente. Oui, il la connaît parfaitement l’évolution de cette terrible pathologie. La fin de vie de sa malade allait être difficile, douloureuse, atroce. Il se contente d’opiner du chef pour lui signifier qu’il comprend, qu’accepte sa demande. Hélas, lui n’a pas la liberté de lui dire qu’il prendrait également la même décision qu’elle dans pareille situation.

Elle perçoit son malaise et son profond désarroi de jeune médecin face à une femme bien décidée d’en finir avec ses souffrances.

«  Ce n’est pas facile docteur, mais ne soyez pas triste pour moi, bientôt je serai enfin libre ! »

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