Dans le cadre des Journées européennes du Patrimoine 2024, Annie, intervenante d’A Mots croisés, a invité à « une valse des mots » (voir posts précédents). Carmen, passionnée d’écriture et écrivante de nos ateliers, a imaginé ce récit inspiré par la Maison Richelieu.
Rappelons ici que Bouffonidor, dans L’Ombre de Louis XV devant Minos, mentionne : « … Le Cardinal avait pour habitude de tout sacrifier à son ambition, se défaisait des gens qu’il n’osait ou ne pouvait attaquer publiquement, en les comblant de caresses et de marques d’amitié. La dernière preuve était de les faire sortir par un escalier dérobé, au milieu duquel était une bascule, que ce ministre avait l’humanité de lâcher lui-même. L’on tombait alors dans un puits qui avait, au moins, cent pieds de profondeur. Les premiers qui l’essayèrent furent ceux qui l’avaient creusé. »
Note aux lecteurs
Cette fiction n’a aucune valeur historique, elle est le simple fruit de l’imagination débordante de son auteure.
« L’oublié » par Carmen Ferchault
Il y a si longtemps que je croupis dans ce trou que je ne sais plus rien du jour ou de la nuit. Combien d’heures, combien de jours se sont écoulés depuis que j’ai été précipité dans cet abîme. J’ai l’âme perdue et les os transpercés par froid, l’humidité. Je tâtonne pour ne pas me cogner contre des pierres qui elles ne craignent pas d’être percutées.
Je me souviens du Cardinal de Richelieu, avec sa robe pourpre, sa calotte rouge et sa grosse bague que je ne manquais jamais d’embrasser pour lui témoigner de mon profond respect. Qu’avait-il donc à me reprocher pour me traiter de la sorte? Je n’étais qu’un modeste ouvrier, un tâcheron comme tant d’autres et qui n’avait jamais cherché querelle à quiconque. Mon seul tort aura été d’avoir eu connaissance des oubliettes voulues par l’homme de Dieu, serviteur de l’église de France. Aujourd’hui je n’existe plus pour personne et je vais mourir dans l’indifférence générale. J’ai faim et j’étanche ma soif grâce aux nombreuses infiltrations de la roche. Parfois, je me nourris de la musique parvenant jusqu’à moi les soirs de bal et de réception. Je
Je n’avais jamais été au concert avant d’être prisonnier mais j’aime entendre le violon, le hautbois, le clavecin. J’imagine les belles élégantes au bras de leur cavalier glisser sur le parquet soigneusement ciré. A cet instant, je regrette de n’avoir jamais voulu emmener ma mie danser au son des binious dans notre village natal.
Mais mon plus grand tourment sera de ne pas pouvoir reposer dans ma belle Bretagne. C’est à Bagneux que je mourrai.
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