« La Blessure »

Pour ce premier atelier d’écriture « Classique » de la saison 2024-2025, Carole Prieur, intervenante À Mots croisés, a invité le groupe d’écrivants à visionner une vidéo présentant une artiste performant une danse contemporaine. 

Le son était intentionnellement coupé. Il s’agissait de se focaliser sur ses gestes, de s’imprégner de ses expressions, puis de raconter leur ressenti. 

Nous vous souhaitons bonne lecture du récit imaginé par Carmen !

La blessure

Tout juste libérée de tes entraves, tu as naïvement cru pouvoir lever la main, bouger tes doigts, tenir enfin ce stylo qui paraît te narguer. Ta déception est grande car ce geste si naturel demeure impossible à effectuer. Tu restes impuissante face à la défaillance de ce bras blessé.

« Madame, ne faites pas de mouvements  brusques !»

Comment le pourrais-tu, toi qui ne parviens pas à chausser tes lunettes sans produire un effort douloureux. Alors, la colère te saisit. Une partie de ton corps ne peut t’obéir. Tu le trouves lourd, inutile, encombrant. Avant cette chute, jamais tu n’avais eu à réfléchir à comment boire ton café, manger ton repas, brosser les cheveux. 

Maintenant, c’est une autre histoire, que d’effectuer ces choses naturelles de la vie quotidienne. Elles deviennent de petits combats à mener pour essayer de garder ton autonomie. Tu te sens diminuée, handicapée, abandonnée.

Autour de toi, les discours se veulent rassurants mais les jours passent et les progrès sont bien dérisoires.

Il te faut désormais anticiper tes actions, ne pas laisser l’ankylose gagner du terrain. Sinon, elle aura le contrôle entier de ton être. Que deviendras-tu si jamais tu ne réussis pas à retrouver la pleine maîtrise de toi-même?

Alors, tu luttes, tu forces, tu te fais mal mais peu importe la douleur, tu veux à tout prix parvenir à t’habiller seule. Peu à peu, semaine après semaine, tu négocies avec ton bras blessé, car tu l’as bien compris, il ne sert à rien de lui faire la guerre. La paix du corps plutôt qu’une longue et inutile bataille. 

Patience, patience. Bientôt, tu lèveras tes deux bras au ciel, applaudiras à tout rompre, écriras tout ton saoûl. Bouger, bouger comme avant ton accident.

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