Pour ce premier atelier d’écriture de la saison 2024-2025, Carole Prieur, intervenante À Mots croisés, a invité le groupe d’écrivants à raconter un organe ou une partie du corps, en s’inspirant du « Journal de mon corps » de Daniel Pennac.
Dans cet ouvrage au sujet insolite, l’auteur livre un roman où rien n’est mis de côté. Tout est dit sur toutes les surprises que le corps peut faire ressentir, sans pudeur ni tabou.
À suivre le « Dictionnaire du Corps » de nos écrivants !
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Extraits du « Journal de mon corps » de Daniel Pennac
13 ans, 1 mois, 8 jours – Mercredi 18 novembre 1936
Je veux écrire le journal de mon corps parce que tout le monde parle d’autre chose.
Samedi 30 janvier 1937
En me mouchant tout à l’heure, je me suis rappelé que, quand Dodo était petit, j’essayais de lui apprendre à se moucher. Mais il ne soufflait pas. Je lui mettais le mouchoir sous le nez en lui disant vas-y, souffle, et il soufflait par la bouche. Ou alors il ne soufflait pas du tout, il soufflait à l’intérieur, il se gonflait comme un ballon et rien ne sortait. À cette époque-là, je croyais que Dodo était idiot. Mais ce n’était pas vrai. C’est que l’homme doit tout apprendre sur son corps, absolument tout : on apprend à marcher, à se moucher, à se laver. Nous ne saurions rien faire de tout cela si on ne nous le montrait pas. Au départ, l’homme ne sait rien. Rien de rien. Il est bête comme les bêtes. Les seules choses qu’il n’a pas besoin d’apprendre c’est respirer, voir, entendre, manger, pisser, chier, s’endormir et se réveiller. Et encore ! On entend, mais il faut apprendre à écouter. On voit mais il faut apprendre à regarder. On mange mais il faut apprendre à couper sa viande. On chie mais il faut apprendre à aller sur le pot. On pisse mais quand on ne se pisse plus sur les pieds il faut apprendre à viser. Apprendre, c’est d’abord apprendre à maîtriser son corps.
50 ans et 3 mois – Jeudi 10 janvier 1974
Si je devais rendre ce journal public, je le destinerais d’abord aux femmes. En retour, j’aimerais lire le journal qu’une femme aurait tenu de son corps. Histoire de lever un coin du mystère. En quoi consiste le mystère ? En ceci par exemple qu’un homme ignore tout de ce que ressent une femme quant au volume et au poids de ses seins, et que les femmes ne savent rien de ce que ressentent les hommes quant à l’encombrement de leur sexe.
86 ans, 9 mois, 16 jours – Lundi 26 juillet 2010
Nous sommes jusqu’au bout l’enfant de notre corps. Un enfant déconcerté.
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