Pour ce premier atelier d’écriture de la saison 2024-2025, Carole Prieur, intervenante À Mots croisés, a invité le groupe d’écrivants à raconter un organe ou une partie du corps, sans pudeur, ni tabou.
Nous vous souhaitons bonne lecture du récit « C comme Cérumen» imaginé par Carmen et de «C comme Cerveau » par Francine.
C comme Cérumen par Carmen Ferchault
Par moment, il m’arrive de constater des traînées jaunâtres sur la serviette, après m’être séché les oreilles pleines de l’eau de la douche.
Le conduit auditif déborde de cire comme disent les enfants, de cérumen pour le professionnel de santé. Je me munis alors de deux ou trois coton-tiges afin d’extraire de son logement cette masse, collante, puante et surtout immonde sous la langue.
Je le dis en connaissance de cause car, comme beaucoup lorsque j’étais tout minot, j’ai cédé à la curiosité naturelle et j’ai déposé sur ma langue une miette de ce que venais de sortir avec le petit doigt. Pas pour rien qu’on l’appelle auriculaire celui-là.
Le souvenir que j’en garde est un truc amer, épais franchement pas vraiment comestible. Pourtant de temps à autre, j’y repense et je me dis que mes goûts ont probablement changé depuis ce jour. Après tout, il se pourrait que j’apprécie cette texture pâteuse, qui peut se révéler pleine de bons nutriments utiles à l’organisme.
Allez, c’est décidé, demain matin après la douche, je mange mon cérumen.
C comme Cerveau par Francine Delagneau
Hier soir, c’était la fête avec quelques amis, mon anniversaire, celui de la dizaine, la trentaine exactement. Soirée mémorable, je reconnais que j’ai abusé du champagne.
Alors ce matin, ma tête est dans un étau, la lumière agresse mes yeux qui ont du mal à rester ouverts, les racines de mes cheveux me font mal quand je me passe ma main dans ma tignasse emmêlée et j’ai l’impression qu’un groupe de rock fait son meilleur concert de l’année. Ce vacarme empêche mon cerveau de penser, de réfléchir. J’ai la sensation que plus rien n’existe que ce satané mal de crâne.
Est-il possible que les bulles de champagne désagrègent les cellules du cerveau ? Je crois bien que le mien est vide ce matin, je l’ai perdu dans une flûte au milieu de la nuit. Promis, juré. C’est bien fini, je ne touche plus à une goutte de champagne. Enfin, jusqu’à la prochaine fête.
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