Pour ce premier atelier d’écriture de la saison 2024-2025, Carole Prieur, intervenante À Mots croisés, a invité le groupe d’écrivants à raconter un organe ou une partie du corps, sans pudeur, ni tabou.
Nous vous souhaitons bonne lecture des récits « N comme Nez » par Anne et Nathalie, puis « O comme Oreille » par Amina.
« N comme Nez » par Anne Berthelot
Il a le vent en poupe, symbole de l’égoïsme, quand on regarde le sien. Il est le vestige d’une naissance bien accomplie et d’une entrée dans une nouvelle vie. Petit creux aux boursouflures ridées et rentrées, il peut être tantôt chatouilleux, tantôt douloureux. Il intrigue petits et grands mais quand il sort en proéminence exacerbé, il n’a guère d’utilité. Il est l’empreinte d’un lien coupé mais pourtant indéfectible. Tel est son paradoxe.
« N contre Nez » par Nathalie Picrel
Ce matin, devant sa glace grossissante, il voit se refléter le mont Fuji enneigé avec à sa base les fleurs des cerisiers japonais. Mais, il rêve ! Il n’est plus en pleine lecture de son roi qu’il doit lire pour le lycée.
Il se concentre en plissant les yeux. horreur ! Son nez ! Le mont Fuji s’est transformé en une énorme pustule blanche et rouge. Il ne manque plus que le bleu et il arborerait le drapeau tricolore. L’eau précieuse n’a pas fonctionné et il ne lui reste plus que la bonne vieille méthode manuelle. Il rapproche ses deux index. Ni une ni deux, il appuie de toutes ses forces avec ses ongles. Le mont Fuji s’est transformé en Etna. Du pus jaillit ainsi que le sang. Le mélange s’explose sur la glace grossissante.
Mais, c’est vraiment dégueulasse l’adolescence !
« O comme Oreilles » par Amina Dhoukar
Elles jouent à cache-cache entre deux mèches de cheveux. On n’aime pas trop les montrer de peur qu’elles ne se décollent. Sensibles, elles ne supportent pas toujours les voisins, ni les klaxons inopportuns. Sans elles, le monde est muet ou ne parle que du bout des lèvres. Les coquettes aiment se parer d’anneaux, alors que les rebelles font place à deux trous béants qui hurlent sur le monde. Sous l’effet de la musique, elles frémissent de bonheur. Les sons se frayent gaiement un chemin dans ces deux orifices qui nous relient aux autres.
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