Début novembre 2024, À Mots croisés avait programmé un atelier d’écriture hors-les-murs à la Maison de Chateaubriand.
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L’objectif était de permettre à nos écrivants de s’ouvrir à un univers inspirant, de dialoguer avec la nature ou de croiser les mots avec de l’écrivain.
Annie Lamiral, intervenante d’A Mots croisés, a proposé au groupe d’écrivants dans un deuxième temps, une écriture à partir d’extraits des « Mémoires d’outre-tombe » de François-René de Chateaubriand.
Nous vous souhaitons bonne lecture de leurs récits inspirés par l’illustre écrivain !
« Essences » par Carmen Ferchault
Je les connais tous par leurs noms comme mes enfants. Ils sont mon sang, mon cœur, mon âme.
J’ai plongé mes mains dans la terre nourricière, je l’ai aimé telle une femme.
J’ai pleuré devant les bourgeons d’un printemps précoce, premier cri de l’enfant naissant.
J’ai tuteuré le tronc déviant, il est le fils titubant au pas hésitant.
Les arbres sont la vie, l’amour et la mort. Êtres de chair comme les hommes, je sais tout d’eux et ils savent tout de moi. J’aime leur parler de mes peurs, de mes chagrins, de mes amours, de mes combats.
Fidèles parmi les plus fidèles, il ne peut y avoir de trahison avec un chêne, un hêtre ou un platane et l’ombre généreuse du marronnier m’invite à la rêverie solitaire.
Parfois, j’entends dire que j’ai abandonné les matérialités humaines. Mais, personne ne sait à quel point mes arbres comblent mes désirs, mes envies. Leur compagnie n’a pas d’égale et même la parole ne leur manque pas. Ils me parlent d’eux au travers de leurs doux bruissements, du vent entre leurs branches, de la rugosité de leur écorce.
Si chaque homme sur terre savaient compter un arbre parmi ses amis, ils oublieraient guerres meurtrières, querelles intestines. Sous leur apparente immobilité, ils enseignent, la sagesse, la patience, la résilience.
Elevez un arbre comme votre enfant et plus rien ne ressemblera à hier.
Ma forêt ? C’est ma famille, je n’en ai pas d’autre.
« L’Écrin de la Vallée-aux-Loups » par Manon Devémy
Au fond du parc, dissimulée au regard par un taillis de châtaigniers, une tour se dressait ; une pièce renfermait ma jeunesse. Donjon aux trésors, gardien de mes souvenirs où le Jourdain rencontrait le Nil, côte à côte sur le manteau de la cheminée ; les marbres d’Athènes parlaient-il grec avec Homère, au milieu de mes précieux ouvrages ?
Je m’assis à la table de chêne centrale pour tracer ces premières lignes dans ma vallée : « cet étroit espace me parut propre à renfermer mes longues espérances ».
À suivre les récits de Danielle, Francine et Carole.
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Illustration – Portrait de Chateaubriand
« Un homme médite sur les ruines de Rome »
par Anne-Louis Girodet de Roussy-Trioson, 1809.
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