Depuis plusieurs années, A Mots croisés poursuit une coopération inédite avec le Théâtre Victor Hugo (TVH) de Bagneux. Fin novembre, Margaux Naville, responsable des relations avec le public, a accueilli nos écrivants pour leur faire découvrir l’histoire et les coulisses du lieu avant de participer à un atelier d’écriture « Mots en scène » , animé par Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés.
Petit retour en arrière :
Quand le Théâtre Victor Hugo a ouvert ses portes, le 1er avril 1978, Antoine Vitez, metteur en scène, fondateur du Théâtre des Quartiers d’Ivry, avait ces mots : « Nous n’aurons jamais assez de lieux où l’art puisse s’épanouir : c’est-à-dire où la personne humaine puisse s’épanouir ». Au début des années 80, le Théâtre Victor Hugo a été l’une des « terres d’accueil » du Théâtre du Campagnol. En 1999, le Théâtre Victor Hugo est municipalisé. En octobre 2001, Marie-Lise Fayet est nommée directrice, poste qu’elle occupera jusqu’à sa retraite, en septembre dernier. Le nouveau directeur est Étienne Rousseau. Depuis 2016, le TVH est administré par Vallée Sud Grand Paris.
Nous avons souhaité revenir sur le parcours de Marie Lise Fayet à la tête du TVH, de 2001 à 2024, et partageons ici aujourd’hui l’entretien qu’elle a bien voulu nous accorder.
Vous avez dirigé le Théâtre Victor Hugo pendant près de 25 ans, pouvez-vous nous raconter le chemin parcouru ? Vos choix de programmation ?
En fait, j’ai eu deux passions sociales dans ma vie : la politique et la culture.
À un moment, j’ai arrêté la politique pour diverses raisons. J’ai alors repris mes études dans les années 90. Mon cursus en actions artistiques et politiques culturelles, à Dijon, puis Nanterre, s’est terminé avec une thèse sur « La politique culturelle de 1956 à 1981 ».
Je suis arrivée à Bagneux dans les années 2000 où j’ai postulé à la direction du théâtre, l’ancienne directrice, Lydie Jamain, venant de partir à la retraite. D’une manière générale, c’était difficile d’être une femme à un poste de direction. En 2006-2007, le rapport de Reine Prat au ministère de la Culture avait souligné ce déficit dans les Scènes nationales et les CDN (Centres dramatiques nationaux).
Dès que je suis arrivée au TVH, la première chose que j’ai mise en place, c’était, pour le 8 mars, une soirée spécialement dédiée à la place des femmes sur la scène artistique. Pour ce qui concerne le « Geste », en fait, je l’ai découvert pendant mes études à Nanterre. J’ai fait un séminaire sur l’école Lecoq. J’ai tout de suite adoré. Le geste, c’est un univers sensible, un univers accessible à tous, par les émotions, sans filtre.
Quelle ligne artistique avez-vous impulsée au Théâtre Victor Hugo ?
Fin des années 90, le théâtre a été municipalisé. Du coup, l’orientation culturelle donnée par les élus était que le théâtre devait être un lieu de diffusion uniquement, c’est-à-dire pas de création. C’était un soir, un spectacle de danse, de théâtre, d’humour, etc.
Par la suite, j’ai commencé à travailler sur une ligne artistique pour le théâtre et le jeune public, et notamment pour les bébés. C’était la commande que j’avais. À l’époque, une demande très innovante ! J’ai donc mis en place cette orientation : le bébé est un spectateur ! Au fil du temps, cela a pris de l’ampleur.
Quant à mes choix de programmation, cela n’a jamais été sur la ligne « C’est bien» ou « C’est pas bien ». Non, j’avais défini des critères. Je prenais au moins une pièce du répertoire classique, une du répertoire contemporain, des pièces avec des auteurs vivants, un spectacle plus léger, drôle. Tout cela s’est élargi, affiné. J’ai beaucoup travaillé sur le repérage des compagnies émergentes. Par la suite, j’y ai ajouté la jeunesse.
Pendant toutes ces années, personne n’a jamais validé la programmation ! C’était d’ailleurs une ligne forte du PCF que le politique ne devait pas intervenir dans l’artistique. J’ai ainsi eu la chance de travailler en toute liberté. Ce qui n’est actuellement pas le cas pour tous les théâtres municipaux où certains élus veulent décider de la programmation …
Le mot de la fin, un petit questionnaire de Proust :
Si vous étiez une fleur… une pivoine
Si vous étiez un animal… un chat
Si vous étiez une couleur… jaune
Votre verbe préféré… regarder
Votre mot préféré… combativité
Un rêve… un peu de justice dans ce monde
… et le théâtre, c’est quoi pour vous ? … une balade, on prend le spectateur par la main et on l’emporte dans un univers.
Merci, Marie Lise !
À suivre les récits de Carmen, Charlotte, Francine, Jean-François, Nathalie, Nicole !


Laisser un commentaire