Pour ce nouvel atelier, Carole Prieur, intervenante À Mots croisés, a accompagné les écrivants dans la préparation d’un récit qui mettrait en scène un « Village », très particulier.
Ensemble, ils ont décidé d’un lieu, de sa localisation, de sa dénomination et de sa singularité. Puis, en duo/trio, ils ont défini des personnages. Une fois, les informations partagées, chacun a imaginé son histoire du village, vue par un ou plusieurs des personnages.
À suivre le récit imaginé par Francine. Bonne lecture !
Le TLépatirus
Bagneux-Plage. Petit village balnéaire agréable, avec ses agréables plages de sable blanc, ses commerces divers de produits régionaux, sa petite crèche pour les petits enfants, son bar tabac rétro avec son vieux flipper réunissant anciens et jeunes, son université du temps libre et ses activités pour tous. Les habitants y vivent heureux et en bonne entente. Même si quelques rivalités existent, c’est une commune tranquille. Quelle petite ville n’a pas ses guéguerres de clocher. Bien sûr, Josiane, la coiffeuse est trop bavarde et ses commérages courent de bouche en bouche, les adolescents sont turbulents et leur hip-hop fait souvent spectacle dans la rue, le docteur Vernet seul médecin dans les environs, un peu paranoïaque et colérique avec ses éclats de voix qui font sourire les passants.
Pourtant un jour, un jour comme les autres, voilà que certaines personnes se mettent à entendre les pensées de leurs voisins. Au début, il ne s’agissait que de quelques individus, mais le virus, le TLépatirus, nommé ainsi par les spécialistes, s’est vite répandu et quinze jours plus tard presque toute la population est infectée. Parmi le peu de personnes immunisées, Maurice Vernet, lui, le médecin qui a eu tous les villageois en consultation, les enfants dont Iris, une petite fille, timide et réservée, et les personnes âgées. Maurice a déjà fait certaines constatations : ce n’est pas une question d’âge, lui a 60 ans et elle 8 ans, ce n’est pas une question de sexe une fille et un homme, c’est pas une question d’environnement puisqu’ils vivent dans les mêmes lieux et ce n’est pas une question d’alimentation ayant les mêmes commerçants. Cette énigme taraude le docteur. Comment trouver un remède quand on ne sait pas le mode de propagation. Comment empêcher cette populace de lire dans sa tête, de connaître son secret et découvrir qu’il n’a jamais réussi à obtenir son diplôme, même s’il est un bon toubib. Qu’il est venu se terrer dans cette bourgade perdue au fin fond de la Bretagne, pour pratiquer son métier tranquillement.
Si jamais Josiane, la langue la plus pendue de Bagneux-Plage apprenait son secret, celui-ci serait su dans l’heure de tous. Déjà, il regrettait amèrement d’avoir eu cette petite aventure avec elle, l’année dernière. Depuis, elle cherche par tous les moyens à le faire payer de cette rupture, il ne faut surtout pas lui donner des armes pour sa vengeance. Et ne parlons pas de ce crétin d’Hippolyte, adolescent boutonneux qui traîne une partie de la journée avec sa bande de copains au bar, discutant de tout et de rien, passant leur temps sur les réseaux sociaux à raconter les petites histoires de la cité, réelles ou inventées. Le médecin ne se rappelle plus depuis quand ils sont en conflit tous les deux, et cela ne va pas en s’arrangeant depuis ces dernières semaines. Si Hippo, comme l’appellent ses camarades, apprenait que lui, son adversaire, avait fait des pieds et des mains afin de faire fermer l’Université où ils se réunissent pour danser leur fameux hip-hop et écouter leur musique de dégénérés. Quelle réaction aurait-il ? Déjà qu’à leur dernière rencontre, le mois précédent, c’est la marée montante qui l’avait sauvé d’une bonne correction. Car, c’est couru, il n’aurait pas eu le dessus contre cet énergumène.
Depuis quelque temps, il ne reçoit plus personne au cabinet, ne faisant plus que des consultations par visio. En effet, il s’est rendu compte que ses patients ne pouvaient pas lire ses pensées par écran interposé. Une chance. Ce phénomène l’a fait réfléchir. Il a fait sa petite enquête, et il en ressort que seules les personnes n’allant pas sur les réseaux sociaux ne sont pas contaminées ; lui par crainte d’être reconnu, Iris ainsi que tous les enfants en bas âge, les vieillards et les marginaux. L’idée que l’épidémie soit arrivée par les réseaux sociaux a fini par s’imposer dans son esprit. Dans un élan de courage, il a contacté un ancien patient, un hacker vivant à Paris. Il est dans son monde, enfermé dans sa chambre de bonne et toujours sur ses écrans. Après de longues conversations téléphoniques, sur une ligne fixe, pour ne pas courir de risque, Max a accepté d’écrire un programme qui agirait comme un vaccin sur les habitants de la petite localité. Ce travail lui a pris beaucoup de nuits blanches et de jours sans repas, mais enfin, il a fini. Ils ont lancé le logiciel sur les réseaux. Les premiers résultats sont satisfaisants, dans quelques jours Bagneux-Plage retrouvera sa tranquillité toute relative.
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