BP City

Pour ce nouvel atelier, Carole Prieur, intervenante À Mots croisés, a accompagné les écrivants dans la préparation d’un récit qui mettrait en scène un « Village », très particulier.

Ensemble, ils ont décidé d’un lieu, de sa localisation, de sa dénomination et de sa singularité. Puis, en duo/trio, ils ont défini des personnages. Une fois, les informations partagées, chacun a imaginé son histoire du village, vue par un ou plusieurs des personnages.

À suivre le récit imaginé par Adélaïde. Bonne lecture !

BP City

Bagneux-Plage, vous connaissez ? Non bien sûr ; personne ne connaît. Enfin personne ne connaissait. Moi, c’est Iris, j’ai 9 ans et j’habite dans ce fameux village, 500 habitants, quelques commerces, beaucoup d’arbres et une mer souvent houleuse. Chez moi. on sent en permanence les embruns, le sel, l’iode et on entend le ressac permanent. 

Vous vous en doutez, il ne se passe pas grand-chose normalement à BP. Moi ça me va bien, j’avais mes petites habitudes : école, maison, plage. Je restais dans mon coin. J’embêtais personne. J’aurais aimé avoir plus d’amis, mais pour ça il faudrait parler, dire comment on se sent, partager des activités. Tout ça j’avoue, je sais pas trop faire.

Mais j’aime regarder. Notre maison se trouve sur un carrefour près de la place de la boulangerie. Je vois les gens qui se retrouvent et viennent acheter le pain, comme Jo. C’est ma coiffeuse. Elle y passait tous les soirs vers 19 h00, pour papoter dans la file d’attente. C’est d’ailleurs comme ça que je me suis doutée qu’il se passait quelque chose. Josiane, elle ne venait plus à 19 h 00 comme avant, à l’heure de pointe, non, elle a commencé à venir à l’ouverture, elle ne discutait plus quasiment, et son sourire était en berne.

Le docteur Vernet aussi a commencé à se comporter bizarrement. Il se cachait derrière un arbre le midi, attendait qu’il n’y ait personne à la boulangerie pour y courir et acheter son sandwich. Il repartait en regardant derrière lui toutes les cinq secondes. 

Alors je suis allée enquêter. Personne ne remarque une petite fille de 9 ans. D’abord je suis allée derrière l’atelier du cordonnier, il a son magasin à côté, et il laisse sa porte ouverte, du coup je peux entendre ce qu’il se passe dans sa boutique. Là-bas y avait Hippo comme toujours. Il est beau Hippo, avec ses cheveux longs. Dommage qu’il les cache derrière sa casquette. Il venait récupérer ses grosses chaussures noires, il appelle ça ses Docs. Il a dit « Bonjour Steve, alors comme d’hab, 40 euros ? », et Steve il a répondu : « Non désolé, c’est plus cette fois-ci, j’ai dû les ressemeler entièrement ». Et là, Hippo, il s’est fâché direct. « Arrête de mentir Steve, je sais bien que bien qu’il y avait pas plus de travail que d’hab. » ; Steve a essayé de se défendre, mais Hippo, il a ajouté. « Steve, essaie même pas, sinon je contacte les flics et je leur parle de ta petite affaire, celle que tu caches dans ta serre dans ton jardin. » « Mais comment tu sais ? » Hippo a souri et a lâché : «  Je crois que tu vas me l’offrir cette fois la réparation, Steve ! ». Et il est reparti avec ses chaussures dans une main, son téléphone dans l’autre. C’était bizarre.

Et après, j’ai vu Josiane dans la forêt. Elle ne va jamais marcher seule normalement. J’aime bien Jo, elle est gentille avec moi. Souvent, j’ai pas besoin de parler, elle parle pour nous deux. Alors je lui ai couru après, j’étais inquiète pour elle. Quand je me suis rapprochée, elle s’est retournée, et elle m’a crié : « Oh, Iris, s’il te plaît, n’approche pas, j’ai besoin d’un moment, seule. » Là j’ai commencé à avoir peur pour elle. « Oh t’inquiète ma belle, je vais bien. J’ai juste un peu mal à la tête, et le silence ça aide » qu’elle m’a répondu. Sauf que j’avais rien dit, moi. J’ai acquiescé et je suis rentrée chez moi.

Après avoir dormi, le lendemain, j’avais une théorie. Jo et Hippo, il lisait dans les pensées. Et ils allaient m’apprendre comment faire.

J’étais quasi sûre, mais les adultes, jamais, ils me le diraient. Alors je suis plutôt allée voir Hippo. J’ai attendu près de la crèche qu’il aille chercher sa petite sœur. J’ai vu arriver avec son jogging noir. Il est rentré, puis il est ressorti sa sœur à la main. Mais je ne savais pas comment lui demander, alors j’ai commencé à le suivre, pas très loin derrière, j’attendais un prétexte. Finalement il s’est retourné, m’a fait un beau sourire et m’a dit : « Oui je peux lire dans les pensées ». Je suis restée figée. Je devais avoir l’air stupide. Je savais plus quoi dire tellement j’étais contente. « Allez viens, je dépose Alice et je t’explique. »

On s’est assis dans son jardin. « Personne ne veut trop en parler, mais il y a une sorte de virus qui traîne, de plus en plus de personnes peuvent lire dans les pensées. Je pense un quart de la ville. Moi, ça a commencé avec mon pote Ed. Il est devenu tout bizarre d’un coup, mais je l’ai pas lâché. Il a rien voulu me dire, mais il a pas eu besoin. Ça a démarré avec un mal de tête horrible, je suis resté couché, et puis j’ai commencé à entendre des voix, j’ai cru que je devenais fou. Une fois que la migraine est passée, je suis retourné au lycée, et là ça a été le déluge de voix. C’est Ed qui m’a aidé, il m’a sorti de là. Il m’a aidé à faire le tri et appris à pas toujours écouter.

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