Dans le cadre des Nuits de la Lecture 2025 sur le thème des Patrimoines, la médiathèque Louis Aragon a invité à une soirée conviviale, ludique et festive autour du patrimoine culinaire !
Pour l’occasion, À Mots croisés a proposé, vendredi 24 janvier 2025, un atelier d’écriture « Le goût des mots » animé par Annie Lamiral qui avait préparé des propositions d’écriture pour tous les goûts. Nous vous laissons goûter un souvenir d’enfance que Nicole a choisi de partager !
La soupe à l’oignon
Avec la guerre, mes parents m’avaient habituée à manger de tout…mais quand je dis « tout », c’était plutôt limité… Le petit bout de jardin, heureusement, donnait un peu plus d’aisance : entre autres, les oignons y poussaient très bien… à mon grand désespoir.
Régulièrement, je me retrouvais la tête au-dessus d’une assiette creuse de bouillon marron où flottaient les dits-oignons coupés en petits morceaux et des petits cubes de pain plus gris que blancs. Rien que l’odeur me donnait des hauts-le-coeur. C’était amer et il fallait l’avaler !
Commençaient alors les négociations entre mes parents ! Ma mère, à contrecœur, admettait que la soupe à l’oignon n’était pas un met très adapté à une enfant de quatre ans, mais mon père rétorquait, qu’au vu de la pénurie, cela faisait tout de même un bon dîner. J’avais fini par obtenir de n’en avaler qu’une seule louche… par petites doses que j’espaçais largement de peur de voir arriver la deuxième louche. . .
Ce soir-là, j’en étais à la première cuillerée, quand… alerte et vrombissements d’avions … très proches ! Mon père me roule dans une couverture et me porte sous son bras droit, ma mère accrochée à son bras gauche… et c’est la course à l’abri le plus proche. Je vous passe les détails : la modeste ville d’Antony, à l’époque, se trouvait à proximité des batteries allemandes du Bois de Verrières, de la gare de triage des marchandises de Palaiseau et du petit aéroport de Villacoublay. Nous étions souvent bombardés : c’était devenu une habitude…
Mais, ce soir là, MIRACLE… une bombe avait éclaté sur un pavillon à quelques centaines de mètres du nôtre, bien secoué par le souffle. Les plâtres des plafonds de notre maison en avaient pris un coup et leurs débris flottaient allègrement dans ma soupe à l’oignon ! Mes parents… catastrophés… et moi… radieuse… « intérieurement » ! J’avais tout de même compris, du haut de mes quatre ans, que l’heure était grave.
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