Dans le cadre des Nuits de la Lecture 2025 sur le thème des Patrimoines, À Mots croisés a proposé, samedi 25 janvier 2025, un atelier d’écriture Découverte « 1955 – Cette année-là… » animé par Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, dans un lieu propice à la rencontre avec le patrimoine balnéolais, le Service des Archives et du Patrimoine historique de la Ville de Bagneux.
Comme, depuis plusieurs années, A Mots croisés poursuit une étroite coopération – notamment lors des Journées européennes du Patrimoine – avec la responsable de ce service, Valérie Maillet, nous avons voulu lui donner la parole avant son départ à la retraite. Nous partageons ici aujourd’hui l’entretien qu’elle a bien voulu nous accorder.
Vous avez dirigé le service des Archives et du Patrimoine historique de Bagneux ces dernières années, pouvez-vous nous raconter le chemin parcouru ? Vos plus beaux projets ? Vos plus belles initiatives et réalisations ?
J’ai été recrutée à la Mairie de Bagneux, en février 1989 ,comme archiviste pour créer le service des Archives. J’ai recherché les archives disséminées dans tous les locaux de la ville et je les ai rassemblées à la médiathèque. J’ai retrouvé des trésors dans le grenier de l’ancienne mairie, parfois recouverts de fientes de pigeons.
Le nouveau bâtiment de la bibliothèque avait été conçu avec un garage pour un bibliobus, mais son directeur ne souhaitait pas proposer ce service. Ce local a donc été aménagé en magasin d’archives, avec un petit bureau donnant sur la rue. J’y passais de longues heures seule, montant de temps en temps à la médiathèque pour voir autre chose que des cartons, discuter avec des êtres humains !
Après deux congés de maternité, je me suis mise en disponibilité pour partir dans les Alpes et m’occuper de mes enfants, puis en Tunisie pour travailler au lycée français.
Revenue en 2010, alors qu’un archiviste avait été recruté, j’ai orienté mes missions sur la conservation et la valorisation du patrimoine. C’était le moment où l’étage des plafonds peints de la Maison Richelieu était restauré et j’ai mis à profit ma formation d’historienne de l’art pour en suivre le chantier. Et j’ai très rapidement pris la direction du service, pour les archives et le patrimoine.
Avec la création du service, c’est de la restauration de l’église Saint-Hermeland dont je suis la plus fière, depuis les dossiers préparatoires, le suivi du chantier au contact des artisans, restaurateurs, architectes du patrimoine… jusqu’à l’inauguration en janvier 2020.
Mais il y a eu également toutes les petites actions moins prestigieuses, comme celles en faveur des scolaires, permettant de rendre accessible à tous les enfants les domaines comme l’histoire et l’histoire des arts.
D’où vient votre passion pour l’Histoire et les histoires ?
J’avais moi-même eu un choc en visitant une exposition Miro à Beaubourg au lycée avec ma classe d’espagnol. Mon intérêt pour l’art vient de là, et de mon éducation. J’aime le beau, et j’aime le partager !
Quant à l’histoire, je ne saurais dire pourquoi j’ai besoin de tout remettre dans un contexte historique. J’ai l’impression que l’on peut tout expliquer par les événements passés. J’aime savoir que la Révolution Française a peut-être eu lieu à cause de l’éruption d’un volcan islandais dont la fumée a caché le soleil plusieurs mois et provoquant une disette dans le pays.
Mais peut-être mon inconscient et ma mémoire défaillante cherchent-ils à conserver les traces du passé pour éviter l’oubli…
Avez-vous une anecdote liée au patrimoine balnéolais à nous raconter ? Une rencontre, un témoignage qui a déclenché ou fait avancer un projet, qui a été la clé d’un mystère ?
Un jour, le curé de Bagneux – le père Yves Morel – me téléphone pour me dire qu’il y a dans la cave du presbytère, une magnifique cave voûtée comme celles du centre-ville, tout un tas de vieilles choses et qu’il fallait que je vienne les voir pour estimer leur intérêt avant qu’il ne les jette.
Sur place, je trouve une grande toile, pliée, avec des déchirures, dans un cadre abîmé. Je la sors à la lumière. Et là, c’est le choc : c’est le portrait en pied d’un abbé, magnifiquement peint dans un style réaliste, empreint de mysticisme. En déchiffrant la signature « Dagnan-Bouveret 1878 », je me rends compte très vite que je suis devant le portrait de Saint-Herbland, signalé à l’inventaire des collections de l’église Saint-Hermeland comme étant perdu.
Le tableau a été immédiatement restauré, puis présenté avec fierté lors de l’exposition, Trésors de banlieue à Gennevilliers en octobre 2019. Il est maintenant accroché dans l’église.
Un mot à ajouter ? Un message à faire passer ?
Soyons tolérants ! La mémoire, l’histoire et le patrimoine appartiennent à tous.
Le mot de la fin, un petit questionnaire de Proust :
Si vous étiez une fleur… FLEUR DE CHARDON
Si vous étiez un animal… ELEPHANT (pour sa mémoire)
Si vous étiez une couleur… ORANGE
Votre verbe préféré… REFLECHIR (pour le double sens)
Votre mot préféré… UNIVERSALITÉ
Un rêve… PAS DE RÊVE, JE SUIS TROP TERRE À TERRE
… et le patrimoine historique, c’est quoi pour vous ?
Vaste question ! C’est ce que nos ancêtres nous ont légué, que l’on conserve pour sa valeur esthétique, sentimentale, mémorielle…, pour le transmettre à notre tour à nos enfants.
J’aime beaucoup cette phrase de Victor Hugo : « Il y a deux choses dans un édifice : son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde, à vous, à moi, à nous tous. » Le patrimoine est vecteur de lien social, il appartient à tous et à chacun.
Merci, Valérie !
(C) Photo @annyelleparis
Nuits de la lecture 2025
Organisées pour la quatrième année consécutive par le Centre national du livre sur proposition du ministère de la Culture, se sont tenues du 23 au 26 janvier 2025 au cours de quatre soirées sur le thème des patrimoines.
Ce thème renvoie d’abord à la littérature de l’intime, au patrimoine que nous ont légué nos aïeux, à ce qui nous a été transmis, ou non, à travers les générations et que l’auteur choisit d’évoquer dans son œuvre. Le patrimoine est aussi collectif et procède d’un héritage commun, qui se mesure à l’échelle d’un territoire, d’une nation et parfois, de l’humanité. La littérature est à la fois une composante de ce patrimoine, et une manière de le rendre vivant. Elle nourrit le patrimoine culturel matériel, à travers la transmission de bibliothèques exceptionnelles, et immatériel, façonnant aussi nos connaissances, nos représentations et nos savoir-faire. Un pan de la littérature et de ses écrivains peut devenir « patrimonial », et nos auteurs contemporains constitueront le patrimoine de demain. Enfin, le patrimoine, en tant que lieu ou bâtiment présentant un intérêt archéologique, artistique, culturel, scientifique, intellectuel, religieux ou naturel, qu’il s’agisse d’un monument historique, d’une église de village ou d’un parc naturel, peut être un formidable terrain de jeu pour les auteurs comme pour les lecteurs.
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