Dans le cadre des Nuits de la Lecture 2025 sur le thème des Patrimoines, À Mots croisés a proposé, samedi 25 janvier 2025, un atelier d’écriture Découverte « 1955 – Cette année-là… » animé par Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, dans un lieu propice à la rencontre avec le patrimoine balnéolais, le Service des Archives et du Patrimoine historique de la Ville de Bagneux.
Pour partager sur le thème des patrimoines, Annie a invité le groupe à se plonger dans la lecture du Bulletin municipal de la ville de Bagneux, d’il y a soixante-dix ans. Pourquoi ce choix ? Parce que ce numéro dresse un bilan particulièrement détaillé de l’évolution de la ville entre 1935 à 1955 et que nous sommes 70 ans plus tard !
La proposition d’écriture était d’imaginer des fragments de vie à partir des informations présentes dans le magazine, de situer le récit à Bagneux, en 1955.
Bonne lecture de la fiction imaginée par Francine !
Journal d’une écolière
Octobre 1954 – Je suis heureuse. Depuis la semaine dernière, j’habite à Bagneux. Toute la famille s’est installée dans un lotissement dit de la Rapie. Même si ce n’est pas grand, c’est mieux que dans le bidonville d’Ivry. Je dors dans une chambre avec mes deux sœurs, dans l’autre mes deux frères. Papa et maman ont leur matelas debout dans la salle à manger, et le soir nous poussons la table pour le mettre par terre pour la nuit. Ici, nous avons un vrai lit et il fait chaud avec le poêle à charbon et nous avons de l’eau au robinet.
Novembre 1954 – Je vais à l’école de filles, rue de Sceaux, il faut marcher un peu dans des rues en travaux. Il y a de la boue et des grandes flaques quand il pleut, c’est drôle de sauter à pieds joints dedans. Quand je rentre à la maison, maman n’est pas contente, il faut que mes chaussures durent encore quelques mois. Tous les matins, nous allons dans la cantine, avant la récréation, où les dames de service nous distribuent un verre de lait. Je mange à la cantine, papa dit que c’est moins cher que de nous faire à manger à la maison. Une fois par semaine, toute la famille va aux bains-douches de la ville pour une toilette complète. Papa compte ses sous, et nous n’avons droit qu’à la douche à 45 francs chacun, le bain c’est trop cher.
Décembre 1954 – Aujourd’hui, j’ai eu une paire de chaussures neuves, distribuée par la mairie. Mes frères et sœurs aussi. C’est la première fois que j’ai des chaussures neuves, je vais y faire très attention. C’est bientôt Noël, avec la maîtresse nous préparons un spectacle pour les parents. Mes camarades l’ont dit qu’il y aurait une distribution pour chacune de jouets et de friandises. J’ai hâte que Noël arrive.
Janvier 1955 – Il a neigé, nous avons eu le droit de jouer dehors, maman nous regarde par la fenêtre avec un sourire triste. Papa n’a toujours pas de travail et souvent le soir, il dit qu’il n’a pas faim pour nous laisser un peu plus dans notre assiette. Moi aussi, je suis triste.
Février 1955 – Hier soir, Papa est rentré à la maison avec un grand sourire. Il a enfin un travail, il commence la semaine prochaine à la ville de Bagneux, il sera cantonnier. Ce soir, maman était de bonne humeur, elle a préparé le repas en chantonnant.
Mars 1955 – Papa rentre tous les soirs fatigué de sa journée de travail, mais il est content et il s’entend bien avec ses collègues. Maman s’est inscrite en tant que bénévole au Bureau de Bienfaisance, pardon maintenant il faut dire Bureau d’Aide Sociale, elle dit qu’il faut rendre le bienfait que l’on a reçu dans des moments difficiles. J’ai de bonnes notes en mathématiques, c’est plus dur en français.
Avril 1955 – Les jours commencent à rallonger et il fait moins froid. Pendant les vacances de Pâques je suis allér jouer au parc municipal avec mes copines.Entre les balançoires et le toboggan, on a bien joué. Le soir, j’étais fatiguée, je n’entendais même pas mes sœurs discuter.
Mai 1955 – Pour le 1er mai, Papa nous a emmenés défiler dans les rues, après nous avons eu droit à une grenadine à l’eau au café du Commerce de la place de la République. Papa était heureux avec ses copains, ils riaient fort. Maman de son côté parlait avec des dames que je ne connaissais pas.
Ce soir, Papa est revenu avec des papiers pour la colonie de vacances à la Trinité. Frères et sœurs, nous pourrons partir grâce aux aides de la mairie. Nous sommes excités. Nous allons partir pour la première fois en vacances et voir la mer cet été. Mais maman met une condition : avoir de bonnes notes et passer à la classe supérieure l’année prochaine.
Juin 1955 – C’est bientôt la fin de l’école. Les journées sont plus longues, et il fait chaud. Je sais que je vais avoir le prix des mathématiques et celui de la camaraderie. Je suis contente. Pour la fête de fin d’année à l’école, maman va tenir un stand et vendre les gâteaux « faits maison », pour la caisse de coopérative de l’école. Nous avons appris plusieurs chants avec la chorale et nous avons le trac de monter sur l’estrade pour chanter devant tout le monde. Il y aura aussi le Maire, Monsieur Albert Petit.
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Photos : Bulletin municipal, Ville de Bagneux, Juin 1955
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