Place des Vosges

En début d’année, À Mots croisés a déplacé ses ateliers d’écriture à la Maison de Victor Hugo, Place des Vosges à Paris que nous remercions vivement pour son accueil. https://www.maisonsvictorhugo.paris.fr/

Les ateliers hors-les-murs permettent de renouveler nos pratiques d’écriture et d’ouvrir autrement nos imaginaires. Après la visite de l’appartement parisien de l’illustre, Marie-Laure Rossi, intervenante À Mots croisés, a invité le groupe d’écrivants à imaginer la rencontre entre un personnage de l’entourage de l’illustre et Victor Hugo. C’est Julie Hugo qui devait être placée au centre du récit ci-dessous. 

Pour mémoire :

Julie Duvidal de Montferrier était l’épouse d’Abel, le frère de Victor Hugo. Elle est aussi connue sous son nom d’épouse, Julie Hugo.

À suivre le récit imaginé par Carmen ! Bonne lecture !

Place des Vosges

Le faubourg Saint Antoine débordait d’activités en ce milieu d’après-midi de janvier 1827. Le froid, vif, piquant, l’obligea à rentrer les épaules dans sa capeline de mérinos bleue. Cramponnée au bras d’Abel, Julie Duvidal concevait quelques inquiétudes quant à sa première visite dans la demeure de son futur beau-frère, le Cyclope tel qu’il était surnommé par certains esprits parisiens.

Abel avait beau la tranquilliser au sujet de Victor, la jeune femme se faisait malgré tout, du mauvais sang. Pourtant, elle connaissait fort bien Adèle, l’épouse de l’homme de lettres. Elles étaient de vieilles amies d’enfance et Julie fut sa professeure de dessin. Mais, l’aura de son époux prenait toute sa confiance en elle, la laissant en proie à l’inquiétude.

Julie observait la vie trépidante de ce quartier populaire de Paris. Une voiture omnibus encombrait toute la chaussée, empêchant le passage des nombreuses carrioles des marchands ambulants. Le crottin des lourds percherons fumait dans l’air glacé, mais ils ne semblaient pas souffrir des frimas de l’hiver.

Ce n’était pas le cas des passants. Les moins chaudement vêtus avançaient en soufflant sur leurs mains rougies, tandis qu’une chienne, aux mamelles indiquant une récente mise bas, se frayait un chemin parmi les jambes des promeneurs à la recherche d’un peu de nourriture parmi les détritus abandonnés sur le trottoir.

La devanture d’un tapissier exposait ses créations et Julie se demandait bien qui, dans ce quartier d’ouvriers et de journaliers, pouvait s’offrir un de ces magnifiques fauteuils de style Voltaire en velours cramoisi.

Le boulanger, quant à lui, protégeait ses grosses miches de pain bis derrière une grille en fer forgé. Ici, beaucoup trop de personnes souffraient de la faim. Ne pas protéger le fruit de son travail revenait, bien souvent, à se le faire voler par des gosses affamés et à l’affût de la moindre occasion de commettre un larcin. 

Enfin, lui apparut la place des Vosges, dans toute sa splendeur avec ces nombreux hôtels particuliers dont celui de Victor Hugo. Julie, qui se rendait pour la première fois chez l’écrivain, inspira longuement avant d’y pénétrer par la massive porte cochère.

A l’intérieur du vestibule, un domestique vint à la rencontre d’Abel et de Julie. Dégingandé, malingre, l’homme semblait, néanmoins, avoir de la ressource sous son apparence fragile. Sans, un mot, il prit chapeaux et manteaux et d’un geste de la tête indiqua la direction du grand escalier. Abel garda avec lui la canne offerte par Victor et dont il ne se séparait jamais.

Puis, se tenant par la main, ils grimpèrent les marches de pierre claire. L’illustre auteur se tenait à l’étage, tout prêt à accueillir comme l’exigeait la bienséance, son jeune frère et sa future épouse.

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Illustration :

Louise Rose Julie Duvidal de Montferrier, connue sous le nom de Julie Hugo, épouse d’Abel Hugo, autoportrait, huile sur toile, 1819, Coll. Beaux-Arts, Paris.

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