En début d’année, À Mots croisés a déplacé ses ateliers d’écriture à la Maison de Victor Hugo, Place des Vosges à Paris que nous remercions vivement pour son accueil. https://www.maisonsvictorhugo.paris.fr/
Les ateliers hors-les-murs permettent de renouveler nos pratiques d’écriture et d’ouvrir autrement nos imaginaires. Après la visite de l’appartement parisien de l’illustre, Marie-Laure Rossi, intervenante À Mots croisés, a invité le groupe d’écrivants à imaginer la rencontre entre un personnage de l’entourage de l’illustre et Victor Hugo.
Nous vous laissons tout au plaisir de la lecture du récit de Nadia où Adèle Foucher retrouve son époux, Victor Hugo.
Déambulation
Un samedi après-midi.
Je remonte la rue Saint-Antoine, il fait un froid glacial, le soleil par moments réchauffe l’atmosphère. Cela fait longtemps que je n’ai pas déambulé dans les rues alentour. Tout est si différent, mon cher ami, si vous saviez et pourtant il y a ce je ne sais quoi de tellement familier. Les mots me manquent pour exprimer ce curieux mélange de tant de ressentis contraires qui m’assaillent. Pas de cris de marchands, pas d’odeur de pain, mais des échoppes vitrées, très colorées. Notre hôtel se détache magnifiquement au 6 de la Place des Vosges. Je vois les fenêtres situées au premier étage. Un léger vertige, puis l’emballement de mon cœur, sentir au plus profond de moi que je me rapproche de vous, éprouver cette force qui me porte, quelle joie mon très cher ami.
Je monte les deux étages jusqu’à notre appartement et ouvre la porte, me voilà dans l’antichambre. Ici, tout est identique, les tableaux de Julie, j’accueille les visiteurs en robe noire et blanche, nos enfants, notre chère Léopoldine dans toute sa beauté.
Puis une autre pièce, celle-ci, je ne la reconnais pas, mais retrouve vos porcelaines, vos meubles, sachez que je n’aime toujours pas votre goût pour le néogothique, puis vos estampes, médaillons, bas-reliefs… étrange mélange de nos divers endroits de vie.
Savez-vous que nos appartements sont visités par de nombreuses personnes et qu’ils font l’objet d’une attention toute particulière. L’ambiance y est feutrée, l’odeur étrangement semblable à mes souvenirs, le parquet craque sous mes pas, mes yeux se posent ici et là au hasard d’un tableau ou d’un objet, tout est sensations, émotions.
Je retrouve vos manuscrits. Je n’ai aucune idée de l’époque dans laquelle je me trouve, mais sachez que je frémis à la vue de votre main sculptée posée sur une feuille de papier, me reviennent en mémoire les heures que vous passiez debout à votre table de travail.
Au détour d’une porte mon cœur s’arrête de battre une fraction de seconde, lorsque je vous découvre sur un tableau d’Alphonse de Monchablon. Vous êtes majestueux, votre regard est pénétrant. Allez-vous en sortir pour me rejoindre ? Peut-être ce soir à la nuit tombée lorsque les lieux nous seront rendus. Je retourne dans mon tableau, attendant nos retrouvailles.
Votre femme.
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Illustration :
Adèle Foucher par Achille Devéria, après 1820, estampe reproduisant l’autoportrait d’Adèle Foucher.
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