En début d’année, À Mots croisés a déplacé ses ateliers d’écriture à la Maison de Victor Hugo, Place des Vosges à Paris que nous remercions vivement pour son accueil. https://www.maisonsvictorhugo.paris.fr/
Les ateliers hors-les-murs permettent de renouveler nos pratiques d’écriture et d’ouvrir autrement nos imaginaires. Après la visite de l’appartement parisien de l’illustre, Marie-Laure Rossi, intervenante À Mots croisés, a invité le groupe d’écrivants à imaginer la rencontre entre un personnage de l’entourage de l’illustre et Victor Hugo. C’est Léopoldine qui devait être placée au centre du récit d’Annie.
Pour mémoire :
Léopoldine était la fille aînée de Victor Hugo et d’Adèle Foucher, née en 1824 à Paris, et morte le 4 septembre 1843 à Villequier (Seine-Inférieure), à l’âge de 19 ans.
Alors qu’il écrivait Notre-Dame de Paris, Victor Hugo développa une méthode de travail assez excentrique afin d’éviter la déconcentration et la tentation du monde extérieur. Il écrivait en étant entièrement nu. L’anecdote provient d’un valet à qui il aurait confié ses vêtements, lui ordonnant de les lui rendre lorsqu’il aurait fini son travail du jour.
Demain
Papa, papa, ouvre-moi ! Je sais que tu es là, à écrire… C’est important, Papa … Il faut que je te dise… Hier, c’était mon anniversaire… maintenant, j’ai 14 ans… Je ne suis plus une enfant… Je suis lasse de passer des heures avec mon précepteur ou à lire ton « Livre d’heures »… J’en ai assez de dessiner avec Maman. Je veux faire comme toi… écrire… ÉCRIRE…
Je ne t’ai pas encore raconté… L’autre jour, j’ai rencontré un gamin, rue Saint-Antoine. Il m’a aidée quand j’ai trébuché. Imagine, j’avais le nez dans le ruisseau ! Il m’a même raccompagnée jusqu’ici car j’avais mal à la cheville. Il a eu le temps de me raconter sa vie… si miséreuse. Il dort, place de la Bastille, à l’intérieur d’une statue. Il nettoie les caniveaux pour gagner quelques sous, mais il n’hésite pas à voler les bourgeois comme nous pour s’acheter un peu de pain. Il se débrouille comme il peut. Il était tout joyeux et n’arrêtait pas de chanter à tue-tête : « Tu es tombée à terre, c’est la faute à Voltaire ! Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau ! » Papa, s’il te plaît, donne-moi un encrier, un porte-plume, des feuilles, moi aussi, tu vois, j’ai des tas d’histoires à raconter… À commencer par celle de ce gamin … Ne fais pas la sourde oreille … Je t’en prie Papa… Et puis, je voudrais aussi voyager, quitter Paris, traverser l’Atlantique, faire comme Chateaubriand. Tu sais, j’ai lu son « Voyage en Amérique », le gros livre avec une couverture rouge dans ta bibliothèque … C’est fascinant ! Bon avant, il faudra que j’apprenne à nager au cas où… Alors, Papa, t’es d’accord ? … Qu’est-ce que tu dis … hein… Demain… Aaaah ! Tu me promets que demain…
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Illustration :
« Léopoldine au livre d’heures » par Auguste de Châtillon, huile sur toile, 1835, Maison de Victor Hugo.
Photo @annyelleparis
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En hommage à sa fille, Léopoldine, noyée accidentellement dans la Seine, quatre ans plus tôt, Victor Hugo écrit ce poème « Demain, dès l’aube… »
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Victor Hugo, extrait du recueil «Les Contemplations» (1847)
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