Le 8 mars, c’est la Journée internationale des Droits des Femmes !
Pour l’occasion, nous vous invitons, depuis quelques jours, à la lecture de récits imaginés par nos écrivants lors d’un atelier animé par Carole Prieur, inspiré par l’ouvrage « Les femmes qui lisent sont dangereuses » de Laure Adler et de Stefan Bollman.
À suivre le récit d’Adélaïde. Bonne lecture !
Ingé-Nue
La soie effleure ma peau. J’aime la sensation fraîche et douce, une caresse qui accompagne les mots. Des mots classiques. Des mots traditionnels. Une lecture obligatoire pour tout catholique. Une relecture permanente. Il aime me voir lire, je le sais bien. Il aime que j’aie l’air intelligente, absorbée. Et j’aime son regard sur moi.
J’ai choisi mon kimono exprès pour lui. Pas pour ses couleurs, non, parce qu’il ne ferme pas bien. Je sens l’air frais qui balaye ma poitrine, et qui, avec le concours du tissu, fait dresser mes tétons. Je vois ses coups d’œil incessants, il ne regarde plus les couleurs ni les textures. Son pinceau est moins régulier, mon concentré. Les quelques mêmes phrases se brouillent sous mes yeux dans le vague alors que je tente de le regarder sans changer de position. Mon bras s’ankylose, et je bouge légèrement, accentuant, peut-on vraiment dire par mégarde ? mon décolleté. Au passage, la croix en bois autour de mon cou finit par glisser entre mes seins. Parfait.
Du coin de l’œil, je vois le pinceau qui s’est figé un instant. Je prends une profonde inspiration qui gonfle ma poitrine. Et le pinceau s’interrompt à nouveau. Si je pouvais, je sourirais. A la place, j’humidifie mes lèvres sèches. J’entends un soupir. Il réagit exactement comme mon mari. J’imagine déjà la bosse sous son pantalon. C’est si facile à chaque fois. Ils n’imaginent pas que je sais ce que je fais. Que j’ai lu autre chose que la Bible. Ils me voient comme une ingénue. Et moi, je les pousse dans leurs retranchements. Ils résistent rarement longtemps. A cette idée, je sens la chaleur s’installer dans mes joues. Je devrais avoir honte. Mais c’est plus fort que moi, j’aime le pouvoir que j’ai sur eux.
Depuis toute petite, je ne me retrouve pas dans ces livres. La femme est une pauvre chose passive, dévouée à son mari, à sa famille. Elle n’existe que pour l’autre. J’aime exister pour moi-même. Au final, c’est ce texte de la Bible dans lequel je me retrouve le plus : « Car les lèvres de la femme interdite dégoulinent de miel, et sa parole est plus douce que l’huile, mais à la fin elle est amère comme l’absinthe, tranchante comme une épée à deux tranchants. »
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