« Lire ou mourir »

Le 8 mars, c’est la Journée internationale des Droits des Femmes !

Pour l’occasion, nous vous invitons, depuis quelques jours, à la lecture de récits imaginés par nos écrivants lors d’un atelier animé par Carole Prieur, inspiré par l’ouvrage « Les femmes qui lisent sont dangereuses » de Laure Adler et de Stefan Bollman.

À suivre le récit de Carmen. Bonne lecture !

Lire ou mourir 

Enfin seule.

Enfin libre.

Enfin veuve.

Pourtant, j’ai aimé cet homme que je viens d’enterrer, il y a deux jours au Père Lachaise. Mais mon amour pour les romans, essais et poésie est bien plus grand encore. La littérature, est mon souffle, mon énergie, ma raison de vivre. Jamais il n’aurait dû m’interdire de lire les ouvrages que j’affectionnais.

Gaston voyait les femmes qui lisent comme le déclin de la civilisation, une décadence absolue. Toutes publications représentaient des armes à ses yeux et je ne peux lui donner entièrement tort . Désormais, mon bonheur est de me plonger corps et âme dans un livre, de le toucher, de le sentir, de dormir avec lui. Il est bien fini le temps où il me fallait emprunter secrètement un ouvrage auprès de mes amies ou mes connaissances. Une fois, il m’est arrivé de dérober, chez un libraire, le roman dont tout Paris parlait. J’eus honte sur l’instant mais dès les premières lignes, j’oubliais ce que j’avais fait. Je me sentis forte, libre, heureuse, épanouie.

Le plus difficile à cette époque fut de me taire lorsque Gaston émettait un avis sur une publication récente que j’avais réussi à lire à son insu. Lui et ses amis conversaient sur le sujet et j’enrageais de ne pouvoir donner mon opinion, souvent contraire à la leur. 

Maintenant qu’il est mort, je vais tenir un salon littéraire, inviter des femmes en quête d’émancipation, des hommes aux idées progressistes. Le savoir doit pénétrer les foyers, la culture, l’éducation se sera plus réservée à certains mais à tous et toutes.

Jamais plus, je ne me laisserai dominer par quiconque, mari ou amant. Tous doivent savoir que je suis une femme nouvelle que rien n’empêchera de suivre le chemin que j’ai choisi. Celui de la connaissance et de la liberté. Malheur à celui qui m’arrachera un livre des mains, Gaston en sait quelque chose.

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