Vie d’anges

Début mars, À Mots croisés a déplacé ses ateliers d’écriture au Musée de la Toile de Jouy que nous remercions vivement pour son accueil. Les ateliers hors-les-murs permettent de renouveler nos pratiques d’écriture et d’ouvrir autrement nos imaginaires.

Après la visite guidée de la collection permanente Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a invité le groupe d’écrivants à imaginer un récit autour de la toile de Jouy. 

Rappelons brièvement que les dessinateurs de Jouy se montrent particulièrement fertiles puisqu’en 1821, au moment de la cession de la manufacture, on estime que 30 000 dessins ont été imprimés à la planche de bois, et plus de 500 à la plaque et aux cylindres de cuivre. Une moyenne de 430 nouveaux motifs par an ! Ces motifs sont souvent monochromes (rouge, bleu, vert, sépia…) sur fond blanc ou écru. Ils peuvent être floraux, exotiques, architecturaux ou représenter des scènes pastorales, mythologiques et historiques. Aujourd’hui, la Toile de Jouy continue d’inspirer des créateurs avec de nouvelles variations modernes.

Nous vous souhaitons bonne lecture du récit imaginé par Dominique. 

Vie d’anges

– Comment te sens-tu ?

– Eh bien on m’aurait dit que je finirais mes jours sur une chaussure, j’aurais juré mes grands dieux que c’était impossible ! Quelle déchéance !

– Je te rejoins mon cher ange. Tomber d’un ciel de lit au ras du bitume est une chute bien vertigineuse.

– Te souviens-tu comme nous volions parmi les fleurs et les oiseaux sur cette belle toile écrue tendue au-dessus du lit de Marie-Antoinette ?! Et notre mine réjouie, t’en souviens-tu ? La garance et son exquise teinte rose nous seyait si bien au teint…

– Oh oui, un vrai jardin d’Eden… Je me souviens, M. Oberkampf s’était inspiré de la bordure d’un palempore indien pour dessiner cette toile. Quel artiste !

– Et nous voilà rendus au 21ème siècle ! La toile de Jouy est »revisitée » paraît-il. Et utilisée pour toutes sortes d’objets iconoclastes ! 

– Nous en sommes réduits à orner des chaussures ! Grossières qui plus est ; des semelles plus épaisses que des sabots, une hauteur de talon qui défie l’équilibre, …

– Ne m’en parle pas ! Et avec ces bordures plissées et cesrubans qui me chatouillent les narines, c’est d’un inconfort !

– Mon pauvre ange. Nous avons malgré tout conservé notre teint de rose. Qui semble être apprécié…

– Ma foi c’est vrai. Et ces souliers abritent de bien jolis pieds,il faut en convenir.

– Je dois dire qu’ils sont frais et charmants. Et leurs ongles peints d’un rose soutenu du plus bel effet.

– Allez, foin de récriminations. Avouons que dans notre malchance nous avons tout de même « trouvé chaussure à nos pieds » !

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Illustration :

Escarpins, création de Yaz Bukey

Toile imprimée, ruban, cuir et plastique, Musée de la Toile de Jouy.

Yaz Bukey est créatrice de mode. Après avoir travaillé chez Martin Margiela, Givenchy, Christian Lacroix, Jeremy Scott, elle lance sa propre marque en 2000. Pour la collection printemps-été 2006, Yaz Bukey s’inspire du XVIIIe siècle. Elle utilise de la toile de Jouy éditée par les maisons Georges Le Manach et Charles Burger. Pour cette paire d’escarpins, elle associe un imprimé rose à un volant de vichy de la même couleur. Le ruban noué sur le dessus du pied exacerbe la référence aux souliers de l’Ancien régime et indique clairement l’intention de la créatrice de revisiter l’histoire de la mode.

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