Cette année, À Mots croisés a choisi de consacrer un cycle d’écriture au « nature writing », littéralement « écrire sur la nature » ou « écrire la nature ». Ce genre littéraire trouve ses origines dans la conquête des territoires des Etats-Unis à la fin du 18ème siècle par les colons. Son fondateur serait le philosophe Henry David Thoreau dont l’œuvre emblématique « Walden ou La vie dans les bois » est ni roman, ni autobiographie, mais un éloge de la nature avec des questionnements d’ordre autobiographiques, philosophiques, sociétaux et politiques.
Le premier atelier, conçu et animé par Ghislaine Tabareau-Desseux, intervenante À Mots croisés, a placé le paysage, la nature sauvage au cœur de l’intrigue. L’écriture s’est construite en deux temps : imaginer un personnage en survie dans une nature hostile. Ensuite, imaginer le même personnage vivant en harmonie avec la nature après l’avoir apprivoisée.
Ultime périple
Par Anne Berthelot
Depuis combien de temps, je marchais, je n’en avais aucune idée. Je n’osais regarder le soleil de peur de m’aveugler. Seule, la rocaille incandescente qui brûlait mes pieds m’indiquait que le zénith n’était pas loin. L’enclume de feu me martelait le crâne que j’avais tenté vainement de protéger de mon cheich poussiéreux. Cela devrait donc faire bientôt trois heures que j’avais quitté les autres.
Le silence, lui aussi, était implacable, tel une pause en sursis. Pourtant, par moment semblait me parvenir quelques rares bêlements de chèvres que je n’arrivais pas à voir. Etait-ce l’Harmattan qui voulait par compassion m’apporter une présence animale, m’extirpant de ma nouvelle solitude. Mais l’alizé salvateur prenait sa revanche en me fouettant de ses multiples grains de sable qui effaçaient toute trace de piste ou de passage humain. Mes yeux brûlaient. Mes bras griffés par les épineux. Mes pieds butaient contre des cailloux d’où s’extirpaient quelques scorpions. Je rêvais mieux comme compagnons de route. Je ne distinguais plus aucune empreinte sur le sol.
En cette nuit de pleine lune, couché sur cette natte qui était désormais la mienne ; je voyais défiler les mois passés. Envoûté par les chants hypnotiques tamazights, mon esprit revivait le difficile combat contre cette nature qui avait failli être victorieuse. Ces heures délirantes où, le visage desséché par le sable brûlant, je croyais percevoir les clapotis d’une miraculeuse cascade d’eau après avoir vidé l’outre, que j’avais réussi à garder tout au long de mon périple, de sa dernière goutte d’eau. Et puis, le cri jeune d’une enfant « Afai Aman », la douce caresse d’une main essuyant le sable qui avait pénétré les moindres pores de mon visage, et le goût de ce breuvage inespéré. Les secousses ondulantes du voyage en chameau au campement où je vivais désormais.
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