Nouvel atelier hors les murs pour nos écrivants ! Cette fois, A Mots croisés a investi un lieu méconnu, l’écomusée de Fresnes que nous remercions vivement pour son accueil.
Autrefois bergerie de la ferme de Cottinville d’une superficie de 214 m², la grande salle de l’écomusée accueillait l’exposition : « Ça roule ! Petites histoires de vélo en banlieue sud » qui brossait l’histoire, les usages, la pratique du vélo et du rapport intime que nous entretenons avec cet objet synonyme de loisirs, de liberté, d’effort, d’émancipation et d’avenir.
Après la visite guidée de l’exposition, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a invité le groupe d’écrivants à imaginer une fiction où le vélo est au centre du récit. Petites contraintes d’écriture : utiliser l’un des incipits distribués en début d’atelier et terminer le récit par une question.
Comme un avion
Par Nicole Teillagorry
J’avais douze ans, un vélo orange et je me préparais tous les matins de classe à grimper les trois côtes qui séparaient ma maison de mon lycée. Dur dur le matin, encore un peu endormie avec juste un petit déjeuner express dans le ventre. Le souffle me manquait vite et les pédales faisaient de la résistance : même « en danseuse », ce n’était pas la grande vitesse !
Mais, le soir : la récompense de la journée ! La deuxième descente était longue et bien droite. Roue libre, le menton appuyé au milieu du guidon je le lâche des deux mains et j’écarte les bras en ailes d’avion. Je dévale de plus en plus vite. Le bruit de l’air enfle dans mes oreilles comme celui d’un moteur : je suis un avion, je vais passer le mur du son !
STOP !!! La proviseure du lycée me convoque avec mes copines cyclistes. Des riverains de la fameuse descente l’ont alertée de nos fantaisies que tout le monde trouve plus que scabreuses… alors que nous ne sommes jamais tombées ! STOP !!!
Grandes vacances morvandelles. Ma cousine a son vélo et moi j’ai emprunté le vélo d’homme du commis de la ferme, le seul à ma taille. Montées, descentes, montées, descentes, c’est la loi du Morvan. Nous pédalons de concert à travers champs et forêts. Arrive un morceau de route bien droit, bien raide qui traverse des prairies bordées de fossés et de haies. L’idée me vient de refaire l’avion pour épater ma cousine. Roue libre, le menton appuyé au milieu du guidon, je le lâche des deux mains et j’écarte les bras en ailes d’avion. Je dévale de plus en plus vite, et, oh ! surprise… me voilà qui décolle vraiment !
« Elle est libre, Nicole. Elle est libre, Nicole. Y’en a même qui l’ont vue voler ! »*
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* Chanson d’Hervé Cristiani, sortie en 1981 : « Il est libre, Max… »
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