Victoire

Nouvel atelier hors les murs pour nos écrivants ! Cette fois, A Mots croisés a investi un lieu méconnu, l’écomusée de Fresnes que nous remercions vivement pour son accueil.

Autrefois bergerie de la ferme de Cottinville d’une superficie de 214 m², la grande salle de l’écomusée accueillait l’exposition : « Ça roule ! Petites histoires de vélo en banlieue sud » qui brossait l’histoire, les usages, la pratique du vélo et du rapport intime que nous entretenons avec cet objet synonyme de loisirs, de liberté, d’effort, d’émancipation et d’avenir.

Après la visite guidée de l’exposition, Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a invité le groupe d’écrivants à imaginer une fiction où le vélo est au centre du récit. Petites contraintes d’écriture : utiliser l’un des incipits distribués en début d’atelier et terminer le récit par une question.

Victoire

Par Michel Crenon

Il faisait une chaleur intolérable et nous avions enchaîné les sprints dans la poussière de soleil. Ma gorge était brûlante et mes muscles durcis.

J’étais arrivé au sommet du col du Galibier (2.642m). Je mettais pied à terre, j’étais en nage. Le froid me saisit d’un coup. La sueur de mon corps se transformait en minuscules gouttelettes froides. Rapidement, je me suis couvert de vêtements chauds.

Ce matin, nous étions encore à Grenoble, le vélo à la main. Cent-quatre-vingt-dix-neuf autres « cyclos » étaient également présents. Destination : le col du Galibier. Nous avions déjà mis notre éclairage en marche : le départ étant donné à cinq heures du matin. Quel spectacle de voir deux cents feux rouges dans la ville mais aussi dans les lacets de montagnes environnantes…

Dans les vallées bordées de platanes centenaires, la verdure était présente. À mesure que la route s’élevait le paysage changeait. La nature se faisait de plus en plus rare. À partir du col du Lautaret (2.000m), elle devint plus aride, plus rocheuse voire déserte. Il n’y avait pratiquement plus de verdure, plus un seul arbre…

Plus les torrents dévalaient les pentes dans un bruit d’enfer, plus les cyclistes ralentissaient leur allure dans ces montées à forts pourcentages. Nous nous dépassions les uns les autres, alternant « coups de pompe », « coups de barres », « fringales », « faim », « épuisements ». Nous nous arrêtions, de fatigue parfois, mais aussi et surtout pour prendre des photos, admirer le paysage, les montagnes, les lacets déjà empruntés et ceux à venir : bref, mille et une raisons pour reprendre des forces.

Et nous arrivions tous (ou presque…) au sommet du col. Il s’écoulait peut-être plusieurs heures entre le premier arrivé et le dernier, mais qu’importe. La Victoire, celle des cyclos n’est pas sur les autres, mais sur soi !

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