Pour ce nouveau rendez-vous « Ateliers Découverte » de la saison d’écriture 2024-2025, Annie Lamiral, intervenante A Mots croisés, a proposéune parenthèse d’écriture créative autour du sujet : « Par le trou de la serrure ».
Regarder par le trou d’une serrure, c’est s’offrir une vision partielle et interdite d’un espace caché. Ce que l’on voit dépend de l’angle et de la lumière, mais souvent, l’image est floue, limitée et mystérieuse.
Le trou de la serrure symbolise la curiosité, l’interdit, le secret et parfois la trahison. Regarder sans être vu peut révéler une vérité… mais à quel prix ?
Proposition d’écriture : construire un récit où le personnage voit ou fantasme par le trou de la serrure. Le récit s’arrête par une interrogation et laisse ainsi la lecture en suspens.
À suivre le récit de Dominique !
Urbex
Enserrée entre les collines, la petite ville auvergnate semblait ronronner sous le timide soleil de fin d’hiver. Le vent frais qui tournoyait autour de l’église romane n’avait pas réussi à refroidir notre envie de fureter dans les ruelles, attirés que nous étions par son petit air désuet.
Ses nombreuses sources en avait fait une station thermale très courue jusqu’au milieu des années 1900. A cette époque, les hôtels y avaient poussé comme des champignons et étaient pris d’assaut par les nombreux curistes venus « prendre les eaux ». Certains hôtels avaient l’allure de grandes demeures bourgeoises, d’autres étaient plus modestes. Aujourd’hui la plupart avaient été reconvertis en logements tandis que d’autres, attendant d’hypothétiques acheteurs, décrépissaient lentement. La pluie, le vent, le froid et les visites des curieux avaient eu raison de leur intégrité.
Au bord de la rue principale, l’un d’entre eux succombait lentement, asphyxié par les clématites sauvages et le lierre. Il offrait aux regards curieux des portes entrouvertes, des persiennes déglinguées sur des fenêtres sans vitre… Autant d’invitations irrésistibles à franchir son seuil et deviner sa splendeur passée sous la décrépitude.
Comment résister ? Quelles pièces, quels décors, quelles traces de vie se cachaient là ?
Nous avons franchi le grillage écrasé au sol, piétiné les orties, et nous sommes faufilés par l’embrasure d’une porte entrebâillée. Une pause : un large couloir sombre émaillé de rares traits de lumière s’étirait devant nous, desservant une multitude de portes. Des particules de poussière voletaient dans un silence étrange. Sur la gauche, la cage d’un antique ascenseur béait sur le vide, la machinerie bringuebalante encore suspendue au plafond. Atmosphère « Shining » en diable… Brrrr…
Nous avancions à petits pas prudents, faisant craquer le parquet décoloré. Les portes entrouvertes sur les chambres laissaient voir d’anciens papiers peints aux motifs surannés qui tombaient en lambeaux, de vieux sanitaires ébréchés, des cadres de lit rouillés abandonnés là. Nous étions des aventuriers à la découverte d’une population disparue ! Au bout du couloir, une porte battante menait à la salle de restaurant et à une véranda bordée de portes en demi-lune. Les ombres des curistes planaient au milieu des éclats de verre et des tags, sous la verrière colorée. Même délabré, ce lieu abritait une vie d’antan.
Nous avons tout exploré, la cuisine au sous-sol qui avait conservé ses pianos en inox, la cave avec tout un fatras de vaisselle, de sièges et de tables empilés sous les toiles d’araignée.
Il était temps de ressortir et de reprendre pied dans le temps présent. Mais non, pas encore, que cachait donc ce trou noir que j’apercevais derrière le grand escalier ? Des marches dérobées ! Je montais à pas lents jusqu’au palier étroit. Une série de trois portes closes me faisait face. Chose étrange, aucun rai de lumière ne filtrait, seule une lueur palpitante irradiait d’un gros trou de serrure. Elle attirait mon œil comme le soleil un papillon. J’entendis un glissement furtif. Seule maintenant dans ce grand hôtel, je sentais la tension monter. Peut-être avais-je découvert une pièce secrète ?
Excitation et peur mêlées, j’approchais lentement mon œil du trou de la serrure pour ne pas être éblouie. Comme une éclipse, une ombre occulta petit-à-petit la lumière et me fixa intensément. Qu’est-ce que c’était que cette chose ?! Je relevais la tête à toute vitesse et le cœur battant dévalais sans plus de précautions l’escalier, le couloir, … ouf, le dehors.
Cette pièce semblait habitée. Mais par qui ? Un vagabond ? Un curiste fantôme ?… Brrrr…
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