Beauté immortelle

Pour ce nouveau rendez-vous « Ateliers Découverte » de la saison d’écriture 2024-2025, Annie Lamiral, intervenante A Mots croisés, a proposé une parenthèse d’écriture créative autour du sujet : « Par le trou de la serrure ».

Regarder par le trou d’une serrure, c’est s’offrir une vision partielle et interdite d’un espace caché. Ce que l’on voit dépend de l’angle et de la lumière, mais souvent, l’image est floue, limitée et mystérieuse.

Le trou de la serrure symbolise la curiosité, l’interdit, le secret et parfois la trahison. Regarder sans être vu peut révéler une vérité… mais à quel prix ?

Premier temps d’écriture pour construire un récit où le personnage voit ou fantasme par le trou de la serrure. Le récit s’arrête par une interrogation et laisse ainsi la lecture en suspens.

À suivre le récit d’Alexandre !

Beauté immortelle

Accoudé au bar du village, j’écoutais les derniers potins du coin jusqu’à ce que Norbert, le plus ancien des clients prit la parole pour nous annoncer la triste nouvelle de la journée :

– Eh bien, Nono, t’en fais une tête ! dit l’un.

– Assieds-toi, tu vas nous faire un malaise, dit l’autre.

Essoufflé, il regardait droit devant lui, les yeux dans le vague :

​- La mairie veut détruire le château de Danzac.

– Mais ce n’est pas possible ! répondirent ses amis à l’unisson.

La patronne du bar prit la parole et conta l’histoire de ce château.

– « Vous pensez que je pourrai le visiter avant la démolition ? demandais-je.

Eclat de rires général, je piquais un phare en rendant compte de l’énormité de ma question. Il ne restait plus rien à l’intérieur du Danzac, comme on l’appelait ici. Une histoire de famille, de jalousie, d’argent puis…la mort. Les mains dans les poches, je quittais le bar avec mon imaginaire mis en ébullition par l’histoire du château.

– Garçon ! garçon ! me crie Nestor.

Le pauvre vieux, il n’arrêtait pas de courir, toujours secoué visiblement par la nouvelle de la démolition.

– Tiens, me dit-il. Pas un mot, je te fais confiance, tu me les rendras en revenant. 

La sensation lourde et froide d’un trousseau de clés me remplit de frisson. Le soleil se couchait, le vent se levait. A mi-chemin sur la route qui menait au château, des notes de musique me parvenaient à l’oreille. Des jeunes au loin dans la forêt, probablement.

Face à l’immense grille, des feuilles virevoltaient, la nuit couvrait totalement le jour.

Je n’eus pas de peine à entrouvrir et faire grincer la grille, seule la largeur de mon corps passait.

Cette sensation de l’histoire pesait sur mon corps et autour de moi lorsque mon attention fut saisie par ce visage doux et souriant qui me scrutait du château, je veux dire… de l’intérieur. Plus j’avançais pour la rejoindre, plus elle me paraissait s’éloigner comme si mes yeux se collaient au trou de la serrure.

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