Pour ce nouveau rendez-vous « Ateliers Découverte » de la saison d’écriture 2024-2025, Annie Lamiral, intervenante A Mots croisés, a proposé une parenthèse d’écriture créative autour du sujet : « Par le trou de la serrure ».
Regarder par le trou d’une serrure, c’est s’offrir une vision partielle et interdite d’un espace caché. Ce que l’on voit dépend de l’angle et de la lumière, mais souvent, l’image est floue, limitée et mystérieuse.
Le trou de la serrure symbolise la curiosité, l’interdit, le secret et parfois la trahison. Regarder sans être vu peut révéler une vérité… mais à quel prix ?
Proposition d’écriture : construire un récit où le personnage voit ou fantasme par le trou de la serrure. Le récit s’arrête par une interrogation et laisse ainsi la lecture en suspens.
À suivre le récit de Nicole.
Les Cabanes
A l’époque, il y avait les doubles murs qui entouraient les bâtiments des prisonniers. Un trottoir courait côté murs et, de l’autre côté, la route, avec de petites places de mâchefer devant les immeubles des gardiens. Au-delà venaient les jardins, plus ou moins grands, qui correspondaient à chaque appartement. C’était nos terrains favoris pour grappiller quelques fruits, grignoter des carottes crues nettoyées aux différents points d’eau…le nettoyage se terminant souvent par de mémorables batailles d’eau !
Il y avait aussi, sur chaque terrain, « les cabanes » : cabanes de jardin sommaires aux planches mal ajustées et aux toits goudronnés, souvent sans fermetures, et d’autres impeccablement construites, luisantes de peinture avec portes fermées à grosses serrures pour grosses clés. Les cabanes ouvertes à tous les vents nous servaient de refuge en cas de pluie. Nombreuses, elles nous servaient aussi pour jouer à cache-cache ou pour faire des pauses-parlotes ou des pauses-dînettes. «Les belles cabanes », elles, en nombre plus réduit, restaient pour nous un mystère… On ne pouvait que tourner autour, essayer de monter sur le toit en se faisant la courte échelle, mais elles étaient bien closes. Restaient les trous des serrures par lesquels on devinait des outils, des bouquets de haricots suspendus la tête en bas, des pommes sur des étagères, etc. Rien de bien passionnant.
Pourtant, en me réfugiant derrière l’une de ces « belles cabanes » un jour de cache-cache, je sursaute en entendant des murmures à l’intérieur. J’appelle discrètement les copains et les copines et nous voilà installés tout autour dans un profond silence. Les plus âgés de notre bande risquent alors, à tour de rôle, un regard par le trou de la serrure. Avec des gestes significatifs, ils nous font comprendre que deux personnes sont en train de se donner du bon temps à l’intérieur… et les voilà qui se mettent à taper à tour de bras sur les parois de l’abri des amoureux. Toute la bande leur emboîte le pas ou plutôt les poings dans un immense tintamarre !
Qui aurait pensé qu’un simple trou de serrure puisse déclencher un tel vacarme ?
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