Le rêve de Lisa

C’est dans l’ADN d’À Mots croisés que de créer des passerelles entre l’écriture et les arts. Il y a quelques jours, le spectacle MADE IN au Plus Petit Cirque du Monde de Bagneux  auquel a assisté un groupe de nos écrivants a été prétexte à l’écriture.

Le spectacle, performé par Ilaria Senter et Mikel Ayala, avait pour intention  de faire osciller le regard d’adulte et le regard d’enfant face à ce que nous nous imaginions être grands et finalement nos réalités de l’âge adulte. existence. MADE_IN raconte l’humain, ses côtés intimes et tragiques, ses exténuantes contradictions.

Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a invité les écrivants à imaginer/raconter un récit autour de : « Où sont nos rêves d’enfant ? »

À suivre le récit de Francine. Bonne lecture !

Le rêve de Lisa

10 ans et 7 mois, 1 m 42, 32 kg et la tête pleine de rêves. Une imagination débordante et l’espoir d’avoir une vie faite de conquêtes, d’amitiés et de bonheur. Élisabeth, dite Lisa, comme elle préfère. Élisabeth lui fait trop penser à la reine d’Angleterre. Lisa passe ses moments de détente avec ses amis, dans des jeux d’aventures, où ils sont tour à tour cow-boys en plein Far West, mousquetaires défendant le paysan, extraterrestres en exploration sur terre, aventuriers à la recherche de la cité d’or, etc.

Le soir, après le baiser habituel sur son front de ses parents, dans le noir de sa chambre, son esprit vagabond voyage dans des pays lointains, où elle est à la recherche d’un trésor perdu avec toute une équipe d’archéologues. Tous les soirs, elle les retrouve et ensemble, ils poursuivent leurs prospections. Ils fouillent le sol avec leurs pelles, tamisent la terre et utilisent leurs balayettes aux endroits fragiles. Et tous les soirs, ils trouvent poteries, pièces de monnaie, statuettes, bijoux et autres objets. Ils passent des heures à nettoyer, gratter et laver leurs découvertes. Certaines fois, c’est la grande trouvaille. Une tête sort de la poussière, les épaules, un bras avec une main tenant la tête d’un serpent, puis le tronc avec l’autre bras, les cuisses, les mollets et enfin les pieds. Une statue, grandeur réelle, elle est magnifique.

Lisa poursuit ses études, toujours encouragée par ses parents. Inscription à la Fac d’Histoire de Strasbourg. Après trois années de cours intenses, elle sort avec sa licence mention Histoire de l’Art et Archéologie. Puis, Lisa se lance avec toujours autant de ferveur, pour deux ans vers un master Archéologie et Histoire ancienne : Méditerranée – Europe. Tout se déroule comme dans son imagination d’enfant, même si les études sont difficiles, plus difficiles qu’elle les avait envisagées.

Mais, la vie n’est pas tendre avec les rêves des enfants, enfants de venus étudiants ambitieux. Le père de Lisa ayant un cœur fragile disparaît soudainement, laissant sa mère dans la douleur de l’absence. Lisa doit s’occuper d’elle, pour qu’elle ne sombre pas dans la dépression. Maintenant, pour Lisa, les études sont plus difficiles à suivre. Son seul échappatoire, c’est les formations sur les chantiers d’archéologie, mais pas trop loin de sa mère, qui lui donne l’impression de vivre, un petit bout de ses rêves de petite fille. 

Après ces deux années, sa mère a repris sa vie en main et n’a plus besoin de sa fille chérie. Pour sa fin de master, Lisa a obtenu un stage de fouilles sur le site de Saqqarah. Site de fouilles par excellence pour les archéologues, surtout pour les étudiants. Là, sa vie est un rêve tout éveillé.

Le temps passe trop vite, bien trop vite, surtout quand on se consacre à sa passion. Sa campagne de prospection en Égypte est bientôt finie et son retour en France, programmée. Elle a maigri et se sent épuisée, mais elle ne s’inquiète pas particulièrement, toute l’équipe a perdu du poids et est fatiguée. Toutes ces semaines dans la chaleur, sous un soleil de plomb, sautant des repas, le manque de sommeil et l’absence de confort, ont eu raison de leurs petits bourrelets et de leur vigueur.

Lisa est heureuse de retrouver sa mère, qui s’inquiète de son état général. Elle l’envoie chez le médecin de famille pour une consultation. Il lui fait faire des examens médicaux. Les résultats sont alarmants, son cœur est fatigué. Une malformation congénitale est découverte, sûrement héritière, comme son père. Et son séjour en Égypte n’a pas arrangé son problème cardiaque. Il lui faut du repos, beaucoup de repos. Il lui faut aussi repenser à son avenir professionnel. Finies pour elle les fouilles épuisantes dans les pays chauds, même les petites expéditions lui sont interdites. Que va-t-elle faire ?  

Pendant ces derniers mois de repos forcé, elle a réfléchi et cherché comment utiliser ses compétences, mais surtout, trouver un job dans lequel elle ne s’ennuiera pas et continuera ses rêves. Si plusieurs options se présentent, laquelle choisir ? 

Enseignant-chercheur,  maître de conférences, conservateur de musée, restaurateur d’archéologie, la liste est longue. Transmettre son expérience, son savoir et surtout son enthousiasme de l’Égypte antique, mais aussi son besoin de déchiffrer et de découvrir des objets trouvés sur le terrain, lui fait choisir l’enseignement-chercheur à l’école du Louvre.

Demain, elle répondra à leur offre d’emploi.

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Illustration : Seth le Globepainter (Julien Malland)

Exposition « We are here », Petit Palais, Paris, 2024

Photo : @annyelleparis

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