D’après « Amiante »

Pour ce nouvel atelier hors les murs, À Mots croisés a poussé la porte de la librairie Le Bazar utopique à Bagneux. Nous en avons profité pour échanger avec notre duo de libraires sur leurs choix de lectures et sur leurs « Coups de cœur ».

Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a ensuite invité le petit groupe d’écrivants à imaginer une histoire, à partir d’un ouvrage coup de cœur de nos libraires, en reprenant son l’incipit, son excipit ainsi que la première phrase de la page 111 https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_de_la_Page_111 

C’est le roman « Amiante» de Sébastien Dulude que Jean-François a retenu pour imaginer son propre récit.

Page 1

Ne t’approche pas du foyer, sa voix de papa m’avait intimé – voix basse et toujours évidemment menaçante.

Page 111

Je voyais la fenêtre sur le côté, qu’on voyait cassée.

Excipit

La main sur le levier de transmission, je compte jusqu’à cinq et m’approche du foyer.

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« Ne t’approche pas du foyer ! » La voix de Papa m’avait intimé, basse et toujours menaçante, de rester loin des ouvertures de la maison. Tous les étés, nous séjournions, au moins deux semaines, dans cette ferme, non loin de Québec.

« Steve », me répéta mon père toujours la voix grave « Surtout, tu ne bouges pas d’ici ». Du haut de mes neuf ans et aussi vrai que je m’appelle Dubois, j’affectionnais me balader dans la forêt en compagnie de mon poulain. Cette année-là, on avait prévu de fêter ses dix ans. Pour l’instant, la fête tournait court.

Les messages que mon père avait reçus de Tchernobyl ne le rassuraient pas quant à l’impact des travaux à Thetford Mines et des effets secondaires de l’amiante à l’origine de la richesse de cette petite ville. Pourtant, je voyais par la fenêtre un magnifique ciel bleu et je ne comprenais pas où était le danger, pourquoi je ne pouvais pas rejoindre le poulain et partir pour une promenade. Il était très affectueux et j’adorais le mener, l’observer manger l’herbe, les feuilles et parfois mordre dans l’écorce des arbres. Je tenais à échapper à cette réclusion.

Mon père, voyant que je restais sage, héla ma mère alors dans la cuisine : « Je sors faire une course, je te laisse la garde de Steve ».

Dès que mon père sortit, je m’approchai de la fenêtre prêt à m’enfuir par le foyer de la cheminée. Je le vis entrer dans la voiture, démarrer, mettre la main sur le levier de transmission, je comptai jusqu’à cinq et m’approchai du foyer.

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