D’après « Cœur noir »

Pour ce nouvel atelier hors les murs, À Mots croisés a poussé la porte de la librairie Le Bazar utopique à Bagneux. Nous en avons profité pour échanger avec notre duo de libraires sur leurs choix de lectures et sur leurs « Coups de cœur ».

Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a ensuite invité le petit groupe d’écrivants à imaginer une histoire, à partir d’un ouvrage coup de cœur de nos libraires, en reprenant son l’incipit, son excipit ainsi que la première phrase de la page 111 https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_de_la_Page_111 

C’est le roman « Cœur noir » de Silvia Avallone que Charlotte a retenu pour imaginer son propre récit.

Incipit

Le lundi de novembre où Emilia et son père s’engagèrent sur le sentier appelé Stra’ dal Forche et montèrent à travers le bois de châtaigniers qui sépare Sassaia du reste du monde, c’était le jour des morts.

Page 111

– Il t’a engagée?

– Il m’a dit de revenir demain.

Excipit

Merci de m’avoir rappelé qu’en moi aussi, il y a du bon.

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Le lundi de novembre où Emilia et son père s’engagèrent sur le sentier Stra’dal Forche et montèrent à travers le bois de châtaigniers qui sépare Sassia du reste du monde, c’était le jour des morts. Emilia pensa à sa mère qui était morte un premier octobre. En chemin, elle cueillit des fleurs et se dit qu’elle les porterait sur sa tombe. Elle ne se souvenait plus très bien du cimetière et demanda à son père :

– Papa, il est comment déjà le cimetière où est enterrée Maman ?

– Ben, comme un cimetière pas entretenu. Pas de fleurs et des mauvaises herbes qui poussent entre les tombes, lui répondit-il. Pourquoi cette question ?

– Comme ça ! Je viens de cueillir des fleurs et je pensais les apporter à Maman. Au fait, poursuivit-elle, il t’ a parlé de moi, Antoine ?

Antoine était le fils du patron du café où Riccardo, le père d’Emilia, avait l’habitude de boire un verre de vin le soir après le travail.

– Non, il ne m’a rien dit.

– Parce que, poursuivit-elle, il devait me donner une réponse.

– Une réponse à quoi ?

– Une réponse intime, je ne peux pas t’en dire plus, Papa. Du reste, j’en ai trop dit !

Ils s’enfoncèrent davantage à travers le bois de châtaigniers quand Emilia trébucha sur une branche et tomba, écrasant ainsi les fleurs. Son père l’aida à se relever et lui demanda :

– Il t’a engagée ?

– Engagée ? Mais engagée à quoi ? Il m’a dit de revenir demain, c’est tout ce que je peux te dire, lui répondit Emilia.

– Tu m’énerves avec tes secrets, tu ne me dis jamais rien. Tu n’aimais pas beaucoup ta mère, mais tu lui disais tout. Je sais que tu tiens à moi, mais tu ne me dis jamais rien !

Riccardo ramassa une châtaigne et la lança au loin.

– C’est que tu es un homme, et qu’une femme, une fille, ne peut pas tout dire à un homme, ni à son père, lui dit Emilia.

La traversée du bois lui paraissait interminable. Elle se mit à penser à Antoine, à son sourire et à son regard. Avec lui, elle se sentait bien, apaisée, calme. Mais pourquoi ne lui donnait-il pas de réponse ?

– Papa, j’en ai marre de marcher. Il est encore loin, le village ?

– On devrait être aujourd’hui sur la tombe de ta mère, alors cesse de gémir. Non, ce n’est plus très loin.

Riccardo accéléra le pas.

Essoufflée, Emilia tenta de rattraper son père.

– Papa, ne marche pas si vite. J’ai quelque chose à te dire. En fait, la réponse d’Antoine. Eh bien, elle n’existe pas, je l’ai inventée. Tu sais, je m’invente des histoires pour tuer le temps. Tu comprends ?

– Non, je ne comprends pas. Tu mens comme un arracheur de dents, tu affabules, tu n’es jamais dans la réalité. Mais au moins, j’avoue que tu as de l’imagination !

– Merci de l’avoir rappelé qu’en moi aussi, il y a du bon, lui dit-elle.

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