D’après « Bristol »

Pour ce nouvel atelier hors les murs, À Mots croisés a poussé la porte de la librairie Le Bazar utopique à Bagneux. Nous en avons profité pour échanger avec notre duo de libraires sur leurs choix de lectures et sur leurs « Coups de cœur ».

Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, a ensuite invité le petit groupe d’écrivants à imaginer une histoire, à partir d’un ouvrage coup de cœur de nos libraires, en reprenant son l’incipit, son excipit ainsi que la première phrase de la page 111 https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_de_la_Page_111 

C’est le roman « Bristol » de Jean Echenoz que Charlotte a retenu pour imaginer son propre récit.

Page 1

Bristol vient de sortir de son immeuble quand le corps d’un homme nu, tombé de haut, s’écrase à huit mètres de lui. Bristol n’y prête pas attention et se dirige vivement vers la Seine.

Page 111

Six mois plus tard, le critique cinématographique des Dernières Nouvelles d’Alsace a quitté son fauteuil après vingt-trois minutes de projection de presse.

Excipit 

Ravie, elle se retourne face caméra : Oh, dit Céleste, je me sens super bien.

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Bristol vient de sortir de son immeuble quand le corps d’un homme nu, tombé de haut, s’écrase à huit mètres de lui. 

Bristol n’y prête pas attention et se dirige vivement vers la Seine. Il longe les quais et s’arrête pour fumer une cigarette. Il pense à Céleste et à ses bouts d’essai devant la caméra. Peut-être qu’il n’a pas fait le bon choix en l’engageant. Trop petite, trop ronde, hésitante, ne se sentant pas à la hauteur. Il allume une seconde cigarette et se remet en route. 

Il pense à présent à la conférence de presse qu’il a donnée, la semaine passée. Ratée, il a été peu convaincant. Le film se fera quand même mais les journalistes ne sont pas dupes, ils ont bien senti son manque d’enthousiasme. 

Aujourd’hui, nous sommes le 3 octobre et Bristol continue son errance le long des quais. Puis, il se décide à aller voir Céleste qui est en train de tourner. En chemin, il achète Le Monde et lit : « Six mois plus tard, le critique cinématographique des Dernières Nouvelles d’Alsace a quitté son fauteuil après vingt-trois minutes de projection de presse. » Il replie le journal, pas envie de lire la suite. 

Il arrive au lieu de tournage et tombe sur Céleste, qui, de dos, est en train de répéter son texte. Il l’appelle et lui dit :

– Ma douce Céleste, comment te sens-tu aujourd’hui ?

Ravie, elle se retourne face caméra : « Oh », dit Céleste, « je me sens super bien. »

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