Pour le dernier atelier de la saison d’écriture 2024-2025, À Mots croisés est parti à la rencontre d’une association balnéolaise, Les Simones, et de Carol Rose, que nous remercions vivement pour son accueil.
Dans ce pavillon des années 30, nos écrivants ont eu le loisir de s’imprégner des lieux et de libérer leurs imaginaires. Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés, les a invités à raconter des histoires pleines de mystère.
Nous vous laissons tout au plaisir de lire le récit de Laurent !
Une ténébreuse cheminée
La cheminée ne tirait pas bien et la fumée refluait dans la pièce. Georges se dit qu’il allait falloir faire ramoner la cheminée. Encore une dépense ! Mais bon, il fallait bien l’envisager s’il ne voulait pas finir intoxiqué par du monoxyde de carbone.
Il avait donc pris rendez-vous avec un ramoneur pour le lundi à la première heure. Georges avait dû se lever tôt en bougonnant. Il avait d’autant plus bougonné que l’artisan, un petit homme à la calvitie prononcée, et au bleu de travail couvert de suie, était arrivé en sifflotant avec deux heures de retard. Sans même s’excuser. L’artisan avait un visage anguleux, inquiétant, barré par une grande balafre.
Il prit son temps pour sortir ses goupillons et installer une échelle à l’intérieur de la cheminée. Il lui fallut encore du temps pour brancher un éclairage.
Survint alors un violent orage qui assombrit la maison. Et surtout coupa l’électricité. On entendait la pluie et le vent s’engouffrer dans la cheminée par le toit. Des tuiles tombèrent. Des rafales de vent faisaient trembler la vieille maison. Comme si un géant soufflait dessus pour l’abattre.
Pendant ce temps, l’homme sifflotait la Walkyrie de Wagner, retroussant ses manches et révélant des tatouages tête de mort. Sa balafre semblait se transformer en sourire dans l’obscurité des lieux.
L’atmosphère étrange et oppressante qui régnait dans la maison commençait à inquiéter Georges. Il fut même soudain pris d’un accès de panique quand le ramoneur, d’une voix caverneuse, lui dit en ricanant : « On dirait qu’elle est hantée, cette maison ! »
Les propos de l’homme furent interrompus par un éclair. L’espace d’un instant, Georges eut l’impression que sous l’effet de l’éclair, la balafre de l’artisan s’était transformée en une grande bouche et que des dents avaient poussé tout autour… lui donnant l’apparence d’un vampire… difforme.
« Rendez vous donc un peu utile ! Ne restez pas planté là et allez donc me chercher une lampe de poche. Vous voyez bien que je ne peux rien faire sans courant électrique », s’écria le petit homme en colère. Sorti de sa torpeur, Georges prit une lampe sur le manteau de la cheminée et la lui tendit. L’artisan remonta dans la cheminée. L’orage se calma un instant. Avant que n’éclate un nouveau coup de tonnerre.
On entendit alors un gros bruit, suivi de la chute d’un objet très lourd sur le sol.
Terrorisé, Georges crut que le ramoneur était tombé. « Dites donc ! », lui entendit-il dire. « Je comprends : votre cheminée était bouchée par ce gros paquet que je viens de faire tomber. Vous n’avez pas autre chose à faire que de cacher ce genre de chose à cet endroit ! »
« Je, je n’ai n’ai rien ca-caché du tout-tout », répondit Georges en claquant des dents.
Il s’approcha à pas comptés du paquet, enveloppé dans une espèce de toile huilée, vieille et sale, elle-même retenue par des ficelles. Il réussit tant bien que mal à les couper en se blessant les mains. Se détachèrent alors deux grands chiens et deux grands chats empaillés. Malgré le traitement du taxidermiste, les gueules des animaux semblaient refléter une intense souffrance, comme s’ils avaient beaucoup souffert avant de passer de vie à trépas.
Georges entendit alors le raclement de gorge du ramoneur. « Je comprends tout, mon petit Monsieur, vous avez voulu cacher votre forfait. Je vous tiens ! C’est vous, celui qu’on appelle Georges l’empailleur, l’assassin des animaux de compagnie », lui dit la voix caverneuse du ramoneur, devenue métallique sous le coup de la colère. « Je vous signale que je suis responsable de la section locale de la SPA et que j’ai de très bons rapports avec la police. Grâce à notre action, elle est de plus en plus sensible au bien-être animal. Je vous le promets : vous allez sentir passer le souffle de la Justice !»
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