Se déshabituer

Après « Le paysage, la nature sauvage », « L’arbre en miroir», «  Autour de l’eau », Ghislaine Tabareau-Desseux, intervenante À Mots croisés, nous a invités à un atelier consacré aux habitudes adoptées pour « faire du bien » à la planète et à imaginer un récit où le personnage central ferait face à son engagement pour la planète. 

À suivre le récit d’Adélaïde !

Se déshabituer

Assia regarda les brochettes devant elle. Elles parcouraient l’entrepôt d’un bout à l’autre. Deux brochettes de vingt-cinq personnes. La plupart en costume. Des vêtements de luxe, des coupes de luxe, des bijoux de luxe. Un tas de milliardaires pollueurs.

Par leurs actions, par leurs investissements, par la manière dont ils gagnaient leur argent. 

Enfin, ils étaient tous devant elle. Et elle leur ferait changer leurs habitudes, où ils ne ressortiraient pas d’ici.

Thomas vint lui murmurer à l’oreille : « On est prêt ». Assia hocha la tête et se plaça, devant la brochette, à genou, devant elle. L’image la mit mal à l’aise, alors elle s’assit. Et elle commença son discours interminablement répété.

« Bonjour à tous ! Bienvenue chez nous. Nous sommes les Déshabitueurs, vous avez probablement entendu parler de nous. Je pense que vous avez compris votre point commun : votre fortune. Mais surtout la manière dont vous l’utilisez et dont vous ne l’utilisez pas.

Nous sommes ici pour vous faire changer ça et ce sans vous faire perdre votre statut de milliardaire qui vous tient tant à cœur ! Devant chacun de vous se trouve un ou plusieurs plans d’action auquel nous vous demandons d’adhérer. »

Un silence lui répondit, la faute aux baillons. Mais leurs yeux exprimaient ce qu’ils ne pouvaient dire : incrédulité, colère, peur, surprise, mépris … Assia leur sourit :

« Oui je sais, pourquoi vous feriez une chose pareille ? Mais pour le bien commun. Le bien de l’humanité. Oh, ne levez pas les yeux au ciel, C’est bien votre responsabilité, non ? C’est pas comme si vous manquiez d’argent. Vous pourriez rendre un peu ce qu’on vous donne ! De toute façon, tout est expliqué dans les papiers devant vous. Nous allons vous détacher les mains pour que vous puissiez lire, je vous demande de garder les baillons. »

Cinquante silhouettes vêtues de blanc, et ornées de couteaux se mouvèrent, chacun allant retrouver son prisonnier pour lui libérer les poignets.

« Je vous conseille de lire attentivement. Les conséquences seraient sinon déplaisantes. »

La plupart, les mains tremblantes, attrapèrent le tas de feuilles devant eux. Quelques-uns la regardèrent fixement, la défiant avec ce qui leur restait, leur regard.

Elle se dirigea vers le plus proche : un brun, yeux marron, grisonnant, la quarantaine, quelconque. 

« Vous ne voulez pas lire » ? Il la fixa. Assia soupira, et fit signe à Thomas derrière lui. Il dégaina son couteau et le plaça sous la gorge de son prisonnier.

L’homme, Pierre de son Prénom, se figea un peu plus mais continua à la défier. Assia soupira de nouveau puis hocha la tête. Thomas fit glisser sa lame sur le cou de Pierre. Le sang gicla au sol et Pierre s’effondra, la surprise marquée sur son front.

Assia avait espéré l’éviter, mais il était la victime idéale, sa femme était déjà prête à prendre sa place. La peur s’était propagée à la vitesse de la lumière. Assia daigna expliquer : « C’est ce qui arrivera si vous ne lisez pas », puis elle continua alors que le corps de Pierre était retiré et que sa femme venait prendre sa place.

« Vous n’êtes pas indispensable à notre opération, vous savez, nous avons pour chacun d’entre vous des remplaçants. C’est plutôt à vous de voir à quel point vous tenez à votre vie et celle de vos proches. La femme de Pierre, Elsa, qui nous a rejoints, a déjà accepté nos conditions. Elle nous a d’ailleurs aidés à l’amener jusqu’ici. »

Elsa choisit ce moment pour finir de signer le contrat et lui tendit. Les deux femmes se sourirent, puis Elsa partit sans un mot.

Les derniers résistants attrapèrent les papiers et se mirent à lire.

Une heure plus tard, une prisonnière la fixa du regard, interrogatrice. Assia se leva et alla la voir.

« Oui ? »  La femme ouvrit la bouche et marmonna, faisant comprendre qu’elle souhaitait parler. On lui enleva le bâillon.

«- Ce que vous demandez est impossible !

– Ah bon ?

– Non, on ne peut pas tout changer comme ça.

– Ah bon ? Vous ne pouvez pas arrêter les déplacements en jet. Investir dans les énergies renouvelables, la recherche pour sauver la planète ? Travailler sur des industries moins polluantes, éviter l’obsolescence de vos machines, devenir végétarien, ne posséder que deux maisons, consommer moins d’eau …

– Je ne parle pas des petites habitudes, ce que vous nous demandez, c’est de changer le mode de vie du monde entier. Personne n’acceptera ça. 

– Et pourtant, deux milliards de personnes nous aident actuellement. Dont beaucoup de vos proches : familles, amis, gardes du corps, cuisiniers, nourrices, agents d’entretien, …. Le monde suffoque et a envie de survivre, même si ça veut dire au revoir à l’achat d’un nouveau téléphone tous les ans. 

– Comment ça deux milliards ?

– C’est le nombre de membres de notre association.

– Et ils soutiennent le meurtre ?

– Si nécessaire.

La femme secoua la tête, puis, précipitamment, signa.

Heure par heure, le mouvement suivit. Assia satisfaite regarda la pile s’accumuler devant elle. C’était un premier pas et ils étaient assez nombreux pour les obliger à tenir leur engagement. Le reste de l’humanité suivrait. Des moutons. Elle sauverait sa chère planète Terre et surtout ses enfants. Et si cette première action ne suffisait pas, elle enclencherait l’opération Thanos.

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