Sur Copaca’Bagneux, la journée du mercredi 16 juillet était dédiée aux « Souvenirs du bout du monde » avec un focus sur l’Asie.
Charlotte, écrivante depuis la saison 2024-2025, s’est laissée inspirer par les propositions d’écriture d’Annie Lamiral, intervenante À Mots croisés.
Nous vous souhaitons bonne lecture de sa fiction, une scène particulièrement forte et intense.
Dans l’œil du bouddha
Hiro posa son sabre. Il avait fini de fendre l’air avec, faisant semblant de décapiter Kenji, son pire ennemi. A sa fenêtre, le mont Fuji se dressait majestueusement. Il s’inclina, puis alla se préparer une tasse de thé. Ne te détourne pas de ton objectif maintenant, attire Kenji dans un piège pour lui faire payer sa trahison, se dit-il.
Il prit son téléphone et appela Kenji.
– Tu es dispo, aujourd’hui, à 18 heures pour que je te montre ma collection de samouraïs avant le soleil couchant ? lui demanda-t-il.
– Pas avant 21 heures, lui répondit Kenji.
– Alors, je t’attends chez moi à 21 heures, lui dit Hiro.
Il avait trois heures devant lui pour tout préparer. Il caressa d’une main le bouddha de jade qui était posé religieusement sur une petite table, puis alla dans la cuisine. Il fallait une mort propre, pas à coup de sabre. Il faudrait faire boire Kenji. Or, curieusement il n’aimait pas le thé. Mais où mettre le poison ? Dans du saké. Il versa donc le poison dans la bouteille de saké, puis alluma de l’encens dans le salon. En chemin, il regarda le bouddha qui semblait lui faire un clin d’œil et lui fit un clin d’œil en retour.
Il alla s’asseoir sur le futon et attendit. Le mont Fuji se distinguait à peine dans l’obscurité naissante. Il se rendit dans la cuisine et secoua la bouteille de saké. Il la porta dans le salon et le bouddha sembla à nouveau lui faire un clin d’œil.
On frappa à la porte. C’était Kenji.
– Tu ne m’en veux pas d’avoir dit à maître Chun que tu lui as volé son sabre ? demanda-t-il.
– Non, penses-tu ! répondit Hiro.
Il saisit le sabre volé. La lame se mit à luire dans la pénombre.
– Il est beau ce sabre, n’est-ce pas ?
– C’est celui de maître Chun, il le cherche partout ! répondit Kenji.
– C’est un sabre magique, reprit Hiro. Il est léger comme une plume et tue sur commande.
– Veux-tu un verre de saké ?
– Volontiers, lui répondit Kenji.
Hiro lui servit le breuvage empoisonné. Kenji le but et tomba raide mort.
Hiro, pris de remords, se trouva englouti dans l’œil du bouddha.
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