« L’araignée » suivi de « Willkommen in Stuttgart »

Pour la toute première fois depuis la création de l’association, il y a plus de dix ans, À Mots croisés a proposé, cet automne, une journée d’écriture à ses écrivants : « Quand écriture rime avec architecture ». Annie Lamiral, intervenante, a choisi de l’organiser à Bazoches-sur-Guyonne, près de Montfort-L’Amaury. Le matin, visite guidée et atelier d’écriture à la Maison Louis Carré, conçue par l’architecte Alvar Aalto. L’après-midi s’est déroulée à la Maison Jean Monnet, l’architecte de l’Europe. La visite guidée – assurée par Véronique Recher que nous remercions ici chaleureusement – a permis de nourrir les récits, de croiser l’Histoire avec la fiction.

Dans un premier temps d’écriture, Annie a proposé de rédiger un portrait littéraire ou fictionnel de cet homme discret, mais déterminé.

À suivre les récits d’Adélaïde !

🔹L’araignée 

J’ai parfois l’impression de vivre avec deux hommes différents.

Il y a l’homme public, humble. Il se promène tous les matins, discutent avec tous ceux qu’il croise. Celui qui écoute, qui laisse la place, presque s’efface. L’homme reconnu et méconnu. L’homme qui créé du lien aussi facilement qu’il respire. Il aime sa propre image cet homme.

Et puis, il y a l’homme qui me partage ses rêves, ses idées, et ses plans. C’est un manipulateur. Il tisse sa toile, plante des idées, et attend son temps en dégustant son cognac. Il détesterait cette description de lieux communs. C’est pourtant ce qu’il est. Sans malveillance. Mais avec un objectif en tête, son envie de réussir. Passer par les liens humains est un moyen comme un autre. 

J’aime ces deux hommes. J’aime comme ils s’entremêlent et j’aime qu’il ne se livre qu’à moi dans sa totalité. 

***

Le deuxième temps d’écriture permettait de raconter une rencontre improbable / chaotique / heureuse / surprenante entre deux personnages de différents pays d’Europe.

🔹Willkommen in Stuttgart 

Elle avait débarqué avec sur le dos un sac et des responsabilités.

Lui se promenait avec sa guitare. Cheveux blonds, yeux bleus. Elle avait cru qu’il était allemand. Après tout, ils y étaient en Allemagne.

Elle l’avait aperçu à l’accueil du campus. Tout de suite, elle avait été intriguée, la guitare, avait été un aimant. Elle attendait son tour et ne percevait que son dos. Il s’était retourné, le teint hâlé, les traits émaciés. Et il était parti.

Lui, il l’avait vue aussi, entraperçue plutôt. Brune, yeux marrons, elle aurait pu être de chez lui, sans cette peau albâtre. Il croyait au destin, il recroiserait ce regard et percerait le mystère de ces yeux.

Il avait raison. Trois jours plus tard, ils étaient réunis dans le même amphithéâtre, une réunion « Willkommen in Stuttgart », qui avait fini en Welcome. Après tout, certains des Erasmus ne parlaient pas un mot d’allemand. Les regards s’étaient croisés, accompagnés d’un léger sourire. De fil en aiguille, ils s’étaient parlés. De soirée en soirée, ils s’étaient embrassés.

Avec lui, dans ce pays où le respect des règles était roi, elle avait découvert la liberté. Celle d’être qui on est. Celle de poser ses responsabilités.

Avec elle, il avait découvert le sérieux. Celui qui fait réfléchir, celui qui fait grandir.

Et tous les deux avaient découvert l’étranger. Woher kommst du ? (Tu viens d’où ?), il s’était demandé. Es ist kompliziert (C’est compliqué), ils s’étaient répondus. Comment lui expliquer son errance en France s’était-elle demandée. Le passage de la ville à la campagne, à la ville. Que déjà c’était tout un monde, une culture différente. La ruralité, tranquille, reposante, méprisée. La ville, culturelle, moderne, et méprisante.

Comment lui expliquer sa vie bohême en Espagne, s’était-il demandé. Sa vie, faite de musique, de deuil, de vie sur la route. Ses grands-parents qui l’avaient sauvé. Sa vie, déjà à part, dans une Espagne si moderne.

Elle planifiait sa vie à chaque étape. Il prenait la vie comme elle venait. Elle se sentait chez elle ici, en Allemagne. Plus qu’en France. Elle aimait les règles, la politesse, le respect de la vie privée. Lui ne se sentait bien qu’en mouvement, dans le bruit et les échanges .

Ils s’attiraient comme des aimants et découvraient leur incompatibilité. Celle irréversible de deux projets de vie opposés. Celle insurmontable de deux cultures.

Elle vivait avec lui une liberté qui ne pouvait pas durer.

Lui vivait avec elle une maturité qu’il ne pouvait pas affronter.

Ils profitaient d’une relation à durée déterminée.

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